C’est pratique de rédiger une critique sur EXODUS pour la raison que l’on peut s’exempter de raconter le pitch, tant l’histoire du peuple hébreu s’arrachant de l’esclavage et de l’assujettissement au pharaon est connue.
D’abord, ce film connait quelques erreurs historiques : Moise n’était pas un guerrier. Timide et bègue on l’imagine moins beau gosse que Hollywood l’a voulu. De la même manière, Moshé en hébreu n’a que trois lettres et non quatre. Aussi, Moshé est un nom égyptien et non hébreu. L’opposition entre les noms Moses et Moshé est une invention des scénaristes. L’anachronisme le plus incontestable est l’usage des chameaux (domestiqué vers -1000 av JC, même le roi David n’a pas connu de chameaux comme bête de somme). Toutefois ce n’est pas cette fois une invention de Hollywood mais de la bible elle-même, car dans la Genèse, Abraham lui-même a des chameaux!
Beaucoup d’erreurs donc.
Et pourtant, jamais un péplum nous a autant fait croire à une histoire de légende. Les dix plaies d’Egypte ou la traversée de la mer à sec semblent plausibles, le personnage de Moise, entendant des voix aussi. Et l’âme du peuple juif est illustrée dès les conversations entre l’ange et Moise. Déjà, dans les querelles souvent violentes entre Moise et l’ange, bizarrement à l’accent anglais, est posée cette foi juive qui connait cette particularité singulière d’oser s’affranchir du grand Autre surmoïque.
Et pourtant, jamais un péplum n’a autant projeté dans l’actuel une chronique de légende. La libération de l’esclavage n’est pas liberté car la seule liberté est celle de la conscience[1] tandis que la foi serait l’indépassable de cette liberté. Le personnage de Zipora parle de ce roc du psychique. Le grand Autre n’existe pas assène Lacan. Dieu merci !
Et pourtant jamais un péplum n’a autant su répondre de la dette de Moise à son peuple, de la dette de l’individu au collectif. Lors de la scène finale, Moise vieux, seul, à l’écart, cloîtré dans une roulotte transportant l’arche sainte, passe la tête hors de la caravane pour vérifier que l’ange est toujours à ses cotés. L’ange est là, au milieu de la foule de ce peuple qui marche vers Canaan, qui marche vers son destin. Au crépuscule de sa vie, Moise sourit d’avoir accompli cette entreprise de libération religieuse et politique. Il a rempli sa mission. L’ange disparaît en se noyant dans la foule, dans le collectif. Sans l’ange, le destin de ce peuple s’intrique dans le destin, bientôt clos de Moise.
Et jamais péplum n’a autant rendu compte du politique. Pharaon refuse de libérer les hébreux d’abord pour des raisons financières. L’esclavage et la soumission d’un peuple ne sont organisés que dans un but d’expansion économique.
Et pourtant jamais un péplum n’a autant donné à voir cette concurrence automatique et compulsive des religions. Lorsque Pharaon hurle qu’il est dieu, il est le seul dieu, il annule les autres dieux. Les monothéismes prosélytes ont dans leur ADN cette annulation de l’autre. Les juifs avec leur dieu jaloux affrontent depuis toujours les peuples jaloux de leur dieu.
Au delà de ces regards sur ce film, convenons que pour celui qui aime les péplums, celui de Ridley Scott enchante car il y trouvera le romantisme des destins des hommes d’exceptions et le mythique de l’histoire des peuples et de l’humanité. Un vrai péplum à voir, avec de l’amour, des guerres, des catastrophes, des dilemmes, des costumes, des grands espaces, des décors pharaoniques (bien sur!) , une photo splendide, des acteurs parfaits , et une Myriam et Zipora magnifiques.
A voir donc et à revoir tous les ans.
[1] On imagine que cette apologie de la liberté de conscience au delà du religieux, c’est-à-dire dans une forme de laïcité politique est la raison de l’interdiction du film au Maroc, royauté théocratique.
