Avril 2020 Sstockholm / Solenn Denis

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Dossier de Presse : Ce pourrait être une famille ordinaire: un homme, sa femme, leur fillette… Ou encore un père, sa fille, son amante… Mais quelques indices sèment le doute dans cette mise en scène de la normalité familiale. La répétition des scènes en boucle installe une profonde tension et une violence intérieure à la limite du supportable. Juste le temps de se rappeler qu’on est dans la fiction… et que certains faits divers bien réels n’ont rien à lui envier. »

S’inspirant de l’histoire de la séquestration de Natasha Kamputsh, SStockholm traite, plus encore qu’un fait divers, de l’enfermement quel qu’il soit. Pas physique seulement, psychique aussi. La pièce joue un grand drame pour s’adresser aux petites failles affectives de chacun qui nous poussent malgré nous, à être tour à tour le bourreau ou la victime, engoncés dans nos syndromes de Stockholm, à espérer la passion folle, aliénation dont on se régale, fous, et qui est peut-être l’explication de pourquoi ces faits divers de séquestrations, animent autant les foules, comme un reflet de nos propres envies de liberté que nous sabordons nous-mêmes sans nous en rendre compte…

[Ce texte a reçu la Bourse d’encouragement du CNT 2011 et le Prix Godot 2012]

Il  a été publié, avec le texte Humains, en mai 2012 par les Editions Lansman.

Texte: Solenn Denis /Mise en scène Collectif Denisyak, sous l’œil de Laurent Laffargue
Avec Erwan Daouphars, Faustine Tournan et Solenn Denis

Scénographie: Philippe Casaban & Eric Charbeau / Création lumières: Yannick Anché / Musique: Jean-Marc Montera / Regard chorégraphique: Alain Gonotey

Critique : Erwan Daouphars et Solenn Denis, duettistes du Collectif Denisyak, livrent avec SStockolm une pièce à l’intimité dérangeante sur une relation monstrueuse entre un geôlier et sa victime. Une vertigineuse réflexion sur le syndrome de Stockholm servie au Théâtre National de Bordeaux Aquitaine par les deux comédiens et par une brillante Faustine Tournan dans le rôle de la séquestrée.
Ceux qui ont assisté à la pièce  Sandre, un seul en scène sombre et funeste créé par Solenn Denis et interprété par  un envoutant Erwan Daouphars, se souviennent du travail sur la lumière et de la performance électrisante du comédien. Ils se souviennent de l’atmosphère d’alcôve hors de l’espace et du temps. Le deuxième opus de la collaboration des deux artistes magnifie ce geste. L’univers fabriqué est profond, irrésistible, hypnotique, stupéfiant, terrifiant, cauchemardesque, horrifiant. Le voyage proposé est hors du commun. La pièce qui finit bien -merci pour ce happy-end consolant- est insoutenable et édifiante.

C’est un fait divers survenu dans les années 2000 qui a guidé Solenn Denis dans les méandres de son exploration du syndrome de Stockholm. Un homme d’âge mur kidnappe et séquestre dans sa cave à double tour une jeune fille. L’enfant sera débaptisée par lui. Elle deviendra femme durant son emprisonnement. Elle subira la violence physique, verbale, mentale et sexuelle de son bourreau. Parfois elle voudra appeler son geôlier papa, parfois elle réclamera de lui des baisers, parfois elle se révoltera dans un faux semblant pathétique, autant de flux et reflux continus entre soumission passive et rébellion peureuse. 

Le décor est un carré de glaise encadrés par deux murs de matière et de couleur brutes. Sur un des murs est pratiqué une porte. Au centre une table de cuisine en formica pauvre, deux chaises éclairées d’un néon triste. Aux murs rien. Nous sommes au sous sol d’une maison, dans une cave aveugle et insalubre. Le public qui occupe les deux autres arêtes de ce carré perdu, pénètre par la porte étroite de cette cave. Et nous voilà emprisonnés avec la captive. Nos sensations s’échafaudent par ce dispositif quasi immersif et nos sentiments s’alimentent de cette proximité de connivence avec la jeune fille. Notre empathie est totale, le supplice nous déchire. 

Dans ce décor parfait d’efficacité, les comédiens créent deux personnages d’une extrême justesse sans renoncer à la déréalisation nécessaire à la fiction produite par la qualité littéraire des dialogues et par un très léger maniérisme que nous ne savons attribuer au comédien ou à son personnage. 

Le texte littéraire est fantastique. Si le syndrome de Stockholm se source dans le réservoir des tendances masochistes de chacun, le texte de Solenn Denis balaie admirablement l’ensemble du faisceau psychique. Elle rend compte de la ritualisation de la relation sadomasochiste dans les répétitions des scènes et des échanges. Elle met en scène et dirige la magnifique Faustine Tournan qui nous bouleverse par ses changements d’humeur et par sa particulière fantaisie agitée et fertile, car le masochiste, c’est sa nature,  gagne en imagination ce qu’il perd en action. Nous  retrouvons aussi l’association de la douleur et du plaisir sexuel, l’extrême fragilité psychique du bourreau. Nous découvrons dans des scènes aussi gênantes que galvanisantes, le trait fondamental du masochiste: cette inversion de son équation mentale lorsque c’est lui qui dresse son bourreau, comme l’écrivait Deleuze.

Tout y est de l’étrange syndrome de Stockholm, dans ce texte magistral, entre les lignes et en sous texte; la crypto-évocation fine de ce trouble escamote son essence masochiste à nous qui implorons de retrouver l’humain dans cette maltraitance. Mais le masochisme n’est-il le propre de l’humain justement ?

Une pièce au texte prometteur dont on ne sort pas indemne. 

 

 

Représentation suivie d’un débat animé par David Rofé-Sarfati.

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