Octobre 2021 : « Lalalangue » de Frédérique Voruz mise en scène Simon Abkarian au Cirque Électrique (porte des lilas)

Sous les hospices de Ariane Mnouchkine, mise en scène par Simon Abkarian, le seul en scène autobiographique de Frédérique Voruz est une double  invitation au théâtre et à la psychanalyse. La comédienne avec un humour d’autodérision aguerri captive son public.

La Lalalangue est le nom néologisme donné par le psychanalyste Jacques Lacan au dictionnaire familial. La lalalangue est un ensemble de mots qui ne veulent dire quelque chose que pour une famille donnée. Frédérique Voruz a consulté une psychanalyste lacanienne durant plusieurs années. Elle en a conçu le texte de son spectacle. 

Il n’est jamais trop tard pour avoir eu une enfance heureuse. Cette aporie pourrait être l’argument de la pièce. La comédienne nous raconte son enfance rythmée par des diapos familiales authentiques. Nous sommes des amis qui poliment s’intéressent aux photos de mariage ou de vacances de cette famille qui nous aurait invités. Mais très vite l’histoire nous passionne car  Frédérique Voruz est une héroïne.  Elle tient le journal de ses séances passées de psychanalyse et affronte la réalité au delà des facilités et convenances. Son histoire est avant tout l’histoire de sa mère. Tout commence par une enfance sous la protection menaçante d’une mère sadisante qui ayant perdu sa jambe gauche lors d’un accident de montagne dira sur son lit d’hôpital : « je me vengerai sur les enfants ». Tout finit par elle, cette mère encore, mais cette fois dans une réconciliation attendrissante. Entre temps nous aurons traversé une enfance et une adolescence compliquées et contraintes, quelques traumas aussi. La comédienne toute en alacrité aura mené enquête autour d’un fait divers étalé sur 20 ans, autour de la maltraitance éducative d’une fratrie biberonnée aux névroses parentales. Méthodique, elle ouvre chapitre après chapitre comme on tient l’inventaire des chefs d’accusation, avec, au centre le corps d’un mère unijambiste.  

L’affaire est une tragédie, la chronique du destin qui s’abat sur une famille sous le regard indifférent de leur Jésus-Christ miséricordieux. Elle est aussi une magnifique apologie illustrée de la psychanalyse. Les psychanalystes, encore eux, voudront certainement savoir si la pièce est une énième séance, celle qui n’aura jamais lieu, une séance rêvée par la patiente au cours de laquelle elle s’autorise à montrer les photos de famille. Les mêmes psychanalystes voudront savoir si la psychanalyste de Frédérique est venue assister au spectacle, si elle a vu les photos; ou si la pièce n’est que le reste d’une analyse réussie, l’énergie libérée par l’entropie de l’analyse, ou une sublimation rendue enfin possible. Loin des ces coupages de cheveux en quatre, les spectateurs auront été envahis d’émotion par un texte radicalement juste et  émouvant. Ils auront découvert une comédienne belle et rayonnante,  à l’énergie débordante et à l’humour d’autodérision délicieux, au witz édifiant et efficace.

Frédérique Voruz parle d’elle avec tant de sincérité et de générosité qu’elle parle aussi de chacun de nous. Son théâtre, dans un compagnonnage avec Simon Abkarian est profondément humain.

LALALANGUE
Prenez et mangez-en tous

De et par Frédérique Voruz

Mise en scène Simon Abkarian

Crédit Photos ©Antoine Agoudian

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