Critiques

À voir en août à Paris : Boule de suif de Maupassant par André Salzet

Après Le Joueur d’échecs et Madame Bovary, André Salzet se passionne pour la nouvelle qui a rendu Maupassant célèbre : Boule de suif. Et une fois encore, notre gourmandise littéraire est repue.

Boule de suif est une nouvelle de Guy de Maupassant, écrite dans le courant de l’année 1879, rendue publique en 1880. Elle constitue une œuvre majeure de la fin du 19eme siècle. Elle fut adaptée souvent au théâtre, à la télévision, au cinéma jusqu’à Hollywood qui a produit une version western encensée par Hervé Bazin : La Chevauchée fantastique, en 1986.

« Elle était de plus, disait-on, pleine de qualités inappréciables »

Hiver 1870. À bord d’une diligence, dix personnes fuient Rouen occupée par l’armée prussienne : des notables, deux bonnes sœurs, un révolutionnaire et Élisabeth Rousset, prostituée surnommée jadis « Boule de Suif » à cause de son embonpoint. La voiture avance lentement dans la neige. La faim tourmente les esprits. Généreuse, Boule de Suif partage ses provisions avec les passagers. La nuit tombe. La diligence doit faire étape dans un village occupé par l’ennemi. Là un soir, Boule de Suif va t’elle se donner à un officier prussien pour sauver les autres voyageurs?

« Mme Loiseau eut un rire muet de triomphe et murmura : Elle pleure sa honte »

L’adaptation de Salzet restitue la beauté du texte, son humour et sa morale féroce. Nous sommes au plus près des mots de l’auteur. Émerge devant nous un échantillon d’une société bourgeoise où l’hypocrisie assumée ne rivalise qu’avec celle plus discrète du clergé. Avec Salzet, nous sommes dans la diligence, puis dans l’auberge. Nous sommes près de Boule de Suif poignante dans sa naïveté. André Salzet nous donne tout à voir, le froid, la faim, la hâte comme l’attente. Moderne, cette nouvelle est édifiante à nous disséquer ce patriarcat qui fomente la mascarade capitaliste autant que ce que nous appelons depuis la culture du viol. Nous sommes au cœur de la politique. Et grâce à l’interprétation de Salzet au cœur de l’humain. La mise en scène est formidable d’élégance. Elle est une des plus réussies de Sylvie Blotnikas ; elle figure les jours qui s’égrènent pour se refermer sur le destin de chacun selon sa place dans l’équation de la farce sociale. Au sein de cette scénographie, André Salzet est minutieux, précis et rigoureux. Il est respectueux. Investi, il est en tension à rendre hommage à la plume de Maupassant, autant qu’à la générosité bouleversante de Boule de suif.

Le moment est rare.

Boule de suif

Auteur : Guy de Maupassant
Artistes : André Salzet
Metteur en scène : Sylvie Blotnikas

Jusqu’au 21 août. Théâtre Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris.Lien de réservation.

Visuel: Affiche

À voir en août à Paris : Boule de suif de Maupassant par André Salzet

05 AOÛT 2022 | PAR DAVID ROFÉ-SARFATI

Après Le Joueur d’échecs et Madame Bovary, André Salzet se passionne pour la nouvelle qui a rendu Maupassant célèbre : Boule de suif. Et une fois encore, notre gourmandise littéraire est repue.

Boule de suif est une nouvelle de Guy de Maupassant, écrite dans le courant de l’année 1879, rendue publique en 1880. Elle constitue une œuvre majeure de la fin du 19eme siècle. Elle fut adaptée souvent au théâtre, à la télévision, au cinéma jusqu’à Hollywood qui a produit une version western encensée par Hervé Bazin : La Chevauchée fantastique, en 1986.

« Elle était de plus, disait-on, pleine de qualités inappréciables »

Hiver 1870. À bord d’une diligence, dix personnes fuient Rouen occupée par l’armée prussienne : des notables, deux bonnes sœurs, un révolutionnaire et Élisabeth Rousset, prostituée surnommée jadis « Boule de Suif » à cause de son embonpoint. La voiture avance lentement dans la neige. La faim tourmente les esprits. Généreuse, Boule de Suif partage ses provisions avec les passagers. La nuit tombe. La diligence doit faire étape dans un village occupé par l’ennemi. Là un soir, Boule de Suif va t’elle se donner à un officier prussien pour sauver les autres voyageurs?

« Mme Loiseau eut un rire muet de triomphe et murmura : Elle pleure sa honte »

L’adaptation de Salzet restitue la beauté du texte, son humour et sa morale féroce. Nous sommes au plus près des mots de l’auteur. Émerge devant nous un échantillon d’une société bourgeoise où l’hypocrisie assumée ne rivalise qu’avec celle plus discrète du clergé. Avec Salzet, nous sommes dans la diligence, puis dans l’auberge. Nous sommes près de Boule de Suif poignante dans sa naïveté. André Salzet nous donne tout à voir, le froid, la faim, la hâte comme l’attente. Moderne, cette nouvelle est édifiante à nous disséquer ce patriarcat qui fomente la mascarade capitaliste autant que ce que nous appelons depuis la culture du viol. Nous sommes au cœur de la politique. Et grâce à l’interprétation de Salzet au cœur de l’humain. La mise en scène est formidable d’élégance. Elle est une des plus réussies de Sylvie Blotnikas ; elle figure les jours qui s’égrènent pour se refermer sur le destin de chacun selon sa place dans l’équation de la farce sociale. Au sein de cette scénographie, André Salzet est minutieux, précis et rigoureux. Il est respectueux. Investi, il est en tension à rendre hommage à la plume de Maupassant, autant qu’à la générosité bouleversante de Boule de suif.

Le moment est rare.

Boule de suif

Auteur : Guy de Maupassant
Artistes : André Salzet
Metteur en scène : Sylvie Blotnikas

Jusqu’au 21 août. Théâtre Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris.Lien de réservation.

Visuel: Affiche