Au Théâtre du Guichet Montparnasse se joue une adaptation singulière de L’Ambigu de Roland Topor. La pièce y est une invitation à questionner les normes établies et à embrasser la complexité de l’être humain. Un spectacle à ne pas manquer pour les amateurs de théâtre contemporain et de réflexions profondes sur l’identité.

L’homme lit paisiblement, feuilletant tes livres, picorant quelques extraits ici et là. Puis, soudain, un ouvrage capte son regard plus intensément que les autres. Il ajuste ses lunettes, intrigué. Lentement, il s’immerge dans une lecture profonde, vibrante, presque habitée : celle de la nouvelle de Roland Topor dans une grammaire actuelle. Une lecture traversée — dirait-on aujourd’hui — par la question de la fluidité de genre. L’Ambigu.

Dom Juan, fatigué de ses aventures amoureuses, se retire dans une maison retirée, en quête de silence et de repos. Mais c’est en lui-même qu’il fait la plus troublante des rencontres : une part féminine, insoupçonnée, qui le bouleverse et l’ensorcelle. Éperdument amoureux de ce double intérieur, il s’engage dans une quête vertigineuse, où se brouillent les repères de l’identité et se fissurent les normes de genre.

Avec son style singulier, mêlant l’absurde, le grotesque et une poésie grinçante, Topor signe une œuvre déroutante, qui bouscule les codes et stimule la pensée. Cette version dans laquelle les deux personnages en vis-à-vis de la version originelle sont remplacées par un seul, fusion de Dom Juan et de son double féminin, convoque les thématiques du premier texte : la séduction, le double discours, l’hypocrisie sociale — autant d’éléments étroitement liés à la figure mythique.

On y retrouve la richesse sémantique propre à l’œuvre de Topor. Ce qui débute comme une scène banale bascule rapidement dans l’étrangeté. La pièce invente une manière détournée d’interroger le genre, où Dom Juan se confondrait avec ses conquêtes, et où son virilisme éclaterait pour laisser surgir un féminin lucide, intérieur, éclairé. Une fusion dérangeante et poétique, à l’image du théâtre de Topor.

Fabrice Delorme incarne avec une intensité saisissante ce Dom Juan en mutation, évoluant entre le désir, la confusion et l’émerveillement. À travers son jeu nuancé, il révèle la complexité des émotions humaines et projette de nous donner à voir la fluidité de genre. Le texte devient par lui une expérience théâtrale à la fois bouleversante et provocante.


Mise en scène Carmen Samayoa

Avec Fabrice Delorme

Chorégraphies Shimehiro Nishikawa

Création lumières Otmane Abdesselam

Chanson Roland Topor, Reinhardt Wagner

Soyez le premier à lire nos critiques et contributions

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

En savoir plus sur L'Autre Scène (.ORG)

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture