Le Bétin, l’histoire d’une émancipation

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Au studio Hébertot, jusqu’au 1er juin, la pièce, le bétin sous-titré un destin extraordinaire nous trouble avec talent.

Il entre en scène, légèrement embarrassé, une inquiétude discrète au fond des yeux. C’est sa première séance de psychanalyse. A-t-il eu raison de venir ? Faut-il qu’il s’allonge ? Doit-il parler ? Se taire ? Et s’il parle, de quoi ? En quelques secondes à peine, il éveille en nous quelque chose de profondément familier. Un attachement immédiat naît pour ce personnage un peu gauche, un peu perdu, mais prêt à affronter son passé.

Le comédien (remarquable Thomas Prisciglio) est bouleversant. Par sa seule présence, il déclenche en nous une émotion qui ne nous quittera plus. Une tendresse, une sensibilité, un lien presque poétique avec cet homme qui se dévoile lentement douloureusement.

Face à lui, dans le rôle de la psychanalyste, Bérengère Dautun achève de nous séduire. Elle incarne une thérapeute telle qu’on en rêve : douce, bienveillante, accueillante, loin des clichés froids. Grâce à elle, la pièce devient une véritable ode à la psychanalyse freudienne, à son pouvoir d’exploration et de réparation.

Certes, l’habillage sonore, parfois trop appuyé, peut heurter. Mais dans cet écrin fragile va se déployer, par petites touches, une reconstitution du passé, à la manière même d’une cure analytique : lente, fragmentée, poétique. L’anamnèse s’installe, révélant peu à peu les douleurs d’une enfance marquée au fer rouge.

Le protagoniste a 17 ans. Il a nécessité de raconter son histoire, non pour la réécrire, mais pour enfin la dépasser. Il est “le bétin”, ce mot de patois rémois que lui jetait au visage le compagnon brutal de sa mère. Cela signifie “l’idiot”, “l’abruti”. Ce surnom blessant devient le cœur battant de la pièce.

Sur scène, une marionnette assise au proscénium représente cet enfant intérieur, ce copilote invisible, ce clandestin du passé. La marionnette nous regarde, muette, mais éloquente. Elle est cet autre lui-même qu’il doit quitter pour avancer. Parce qu’il fut un pantin, il lui faut se libérer de ses fils. Avec son double infantile, son pharaon intérieur, il entamera l’exode vers une libération.

L’auteur ne cache pas son intention : raconter, dans le temps même de l’événement, la violence faite aux enfants. Et, à travers cette douleur, rappeler que l’espoir persiste toujours dans les yeux de l’enfance humiliée. Le “bétin”, ce personnage brisé, mais debout, touche au cœur. Il y a un peu de Zola dans cette pièce – une humanité massive, tragique, et un appel politique profond. Un cri nécessaire.


De Olivier Lusse Mourier
Mis en scène par Olivier Lusse Mourier
Avec Bérengère Dautun, Thomas Priscoglio, Maurine Dubus, Antoine Gatignol et Manon Potier
Conception du pantin : Christophe Kiss
Décor : Claude Chapuis
Production : Le Manteau d’Arlequin

vu le 10 avril 2025 au Studio Hébértot


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