Dans Ça sent l’eucalyptus, Marjolaine, écrasée par cet arbre, nous livre dans un humour grinçant son accident, les étapes de sa reconstruction et l’acceptation de son handicap invisible. C’est vivifiant, drôle, bien venu. 

La pièce explore une situation résultant d’un accident stupide. Elle nous invite ainsi par le biais d’un ton humoristique et engagé à vivre des émotions exprimées sur scène.

Une franche réussite.

Marjolaine Pottutzer n’hésite pas à faire feu de tout bois : une espèce rare d’eucalyptus tombe et lui brise la colonne vertébrale ; ses mots et sa plume décrivent les scènes drolatiques de l’après-accident. Elle se raconte au sein d’une mise en scène  (Eric Desport) usant de fumées, de lumières colorées, de chansons populaires. Les nombreux motifs s’ajoutent au jeu très dynamique de la comédienne pour associer les spectateurs et les spectatrices à l’aventure des soins prodigués à la blessée.

Un récit autobiographique

C’est une histoire vraie, confie le metteur en scène juste avant que spectateurs et spectatrices entrent dans la salle. Elle a été blessée en Corse. Percutée par un eucalyptus alors qu’elle dirigeait une colonie de vacances. Une parole émerge dans les échanges qu’elle entretient avec les pompiers, l’infirmière, ou encore la psychologue, qui lui propose une sylvothérapie, un bain d’arbres ! Et en toile de fond, la grand-mère à Houlgate n’est jamais bien loin : elle fait partie, elle aussi, du paysage de la rééducation. Nous découvrons le protocole de soin, expression médicale qui efface toute écoute de la parole de la patiente, de la douleur de son corps meurtri.

Le récit est traversé par les questions : pourquoi cet accident m’est arrivé ? quelle est son origine ? Par une approche très concrète, Marjolaine apprivoise cette recherche ; elle détourne le regard du passé vers de nouvelles pousses.  Elle veut rester actrice de sa vie : devenir bucheronne comme une métaphore d’être sujet de l’événement et non victime. Nous rions de ce bouleversant récit de retournement.

Formidable scénographie tonique.

Les scènes sont rythmées par divers artifices tels que des fumigènes, des silences et des projections de couleurs à travers des faisceaux lumineux. Une chaise se métamorphose même en chariot d’hôpital. Cette scénographie permet de percevoir un handicap singulier en ceci qu’il n’a pas de stigmatisation visible. Scènes du visible vers celles de l’éprouvé.

L’autodérision

 – Allez à l’accueil déposer votre carte de Sécurité sociale…oui mais je ne peux pas marcher… -allez vous inscrire à l’accueil pour avoir la possibilité de regarder la télévision, – oui, mais je ne peux pas marcher, mon bassin est…

Le handicap invisible est sournois. Le parti pris de l’humour pour échapper à une essentialisation par essence impossible n’empêche la description d’une réalité sans aucun doute paradoxale, mais formidablement humaine. La pièce qui partira au Off d’Avignon est à ne pas rater.



Un texte de Marjolaine Pottlitzer et François Szabowski

Mise en scène Eric Desport

Avec Marjolaine Pottlitzer

Collaboration artistique Marion Mezadorian

Lumières Luc Khiari

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