Au Théâtre de l’Odéon, Paris 6e, la saison riche et dense s’achève. Avec L’Hôtel du Libre-Échange, Stanislas Nordey, habituellement adepte de registres plus graves, revient à Georges Feydeau vingt ans après avoir monté La Puce à l’oreille.

La pièce, menée tambour battant, vise à donner un coup de neuf à Feydeau, à découvrir une nouvelle fraîcheur. Pour lutter contre la morosité, Feydeau classiquement sait être une thérapie efficace, sauf à lui donner un inconscient.

Fraicheur

Rappel de l’intrigue à la fraîcheur pétillante : la comédie signée Georges Feydeau et Maurice Desvallières, débute par un simple désir d’aventure : Monsieur Pinglet, étouffé par une épouse acariâtre, rêve d’un moment de liberté avec la charmante Marcelle, elle-même lasse de son mari, l’ennuyeux architecte Paillardin. Ils se donnent rendez-vous dans un lieu parfait pour les escapades discrètes : l’Hôtel du Libre-Échange.

Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que tout Paris semble avoir eu la même idée ! Le même soir, Paillardin débarque à l’hôtel pour une inspection, le neveu de Marcelle s’y rend avec la bonne, un ami de province y descend avec ses quatre filles. Les portes claquent, les chambres se confondent, les identités s’embrouillent.

Feydeau construit avec l’hôtel du libre échange un vaudeville endiablé où l’adultère devient un terrain de jeu, et où la morale, gentiment bousculée, finit toujours par retomber sur ses pieds… ou presque !

La doctrine Feydeau

Une pièce de Feydeau est toujours une véritable épreuve du feu. Privés de sous-texte, d’intention, d’introspection ou de spéculation, les personnages, massivement caricaturaux, se débattent, maladroits, lâches, misérables et insignifiants. Pour toutes nos secrètes et coupables identifications. Cette gesticulation suscite ou non l’adhésion du public. La réussite des œuvres de Feydeau repose sur deux éléments fondamentaux : le rythme et le talent comique des acteurs, l’un étant tributaire de l’autre. En l’absence de cette synergie, le public s’ennuie.Les portes doivent claquer au moment opportun et chaque comédien doit captiver l’attention des spectateurs.

Des personnages normés

Par ailleurs, les personnages dessinent des figures emblématiques de la société, dépourvues de passé ou d’avenir, ils sont des images d’Épinal. Nous rions parce qu’ils incarnent des allégories. Ils représentent des symboles de la misogynie, du patriarcat, des instincts primaires habilement déguisés en divertissement bourgeois.

Stanislas Nordey a choisi d’ajouter à ces figures l’indifférenciation contemporaine des genres. Le metteur en scène a franchi le pas en leur conférant un inconscient actif. Ses personnages gender-fluid, métamorphosés en créatures à plumes, adoptent des poses, souvent des postures. Cette expérience (ratée) révèle et confirme en creux la doctrine du vaudeville. La pièce se mue en un faux reflet du génie de Feydeau. L’humour s’évanouit. Les gags sont neutralisés. On risquerait de s’ennuyer si ce n’était pas pour le bonheur de retrouver Hélène Alexandridis et Claude Duparfait.


avec Hélène Alexandridis, Alexandra Blajovici, Cyril Bothorel, Marie Cariès, Claude Duparfait, Olivier Dupuy, Raoul Fernandez, Paul Fougère, Damien Gabriac, Anaïs Muller, Ysanis Padonou, Sarah Plume, Tatia Tsuladze, Laurent Ziserman Crédit photo jeanlouisfernandez. Vu le 6 mai à l’Odeon Paris 6

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