Depuis le 23 mai 2025, le Théâtre de Poche Montparnasse présente Le Bonheur conjugal, une adaptation du roman de Léon Tolstoï, mise en scène par Françoise Petit. Un bonheur littéraire.


Anne Richard entre en scène, le sourire aux lèvres. Elle joue Mâcha ou plutôt elle ne joue pas, elle partage. Macha nous raconte : jeune orpheline de 17 ans, elle tombe amoureuse de Sergueï Mikhaïlitch, un ami de la famille, de bien des années son aîné. Leur union débute dans la douceur de la campagne russe, bercée par une harmonie simple et sincère.

Quelques notes de piano suffisent à installer cette atmosphère : romantique, mélancolique, empreinte d’âme slave, ponctuée parfois de clairs éclats de joie.

Elle veut raconter son histoire, avec cette joie discrète, presque secrète, qui colore les souvenirs. Très vite, pourtant, l’équilibre se fissure : la jeune femme aspire à la vie mondaine, au tumulte de Saint-Pétersbourg. Sergueï, plus réservé, la suit sans y trouver sa place. Le fossé s’élargit, les désirs divergent, et l’amour du début s’efface, lentement, remplacé par une affection plus posée.

La performance bouleversante d’Anne Richard est soutenue par le piano de Nicolas Chevereau, interprétant la sonate Quasi una fantasia de Beethoven.

Un amour se transforme devant nous. Une passion cède à un bonheur conjugal plus stable, plus réaliste — mais non sans une forme de désespoir à la Tolstoï, une lucidité cruelle sur le temps qui passe, sur l’inévitable usure des élans premiers.

L’homme aimé est par essence un mystère, presque malgré lui. L’autre de l’amour est un étranger, toujours. Avec malice, Françoise Petit confie ce rôle à son compagnon de toujours, Jean-Christophe Balmer qui compose l’ombre muette de cet étrange familier, centre de gravité de cette histoire d’amour.

À mesure que l’étrangeté se dissipe, les silences s’installent. Peurs, jalousies, renoncements : autant de petits sacrifices partagés, qui finissent par forger un autre amour, plus profond, plus adulte. Une lucidité amoureuse, faite d’intelligence du cœur et d’une certaine mélancolie.

Peut-être est-ce aussi son prénom — Macha — qui convoque ce parfum russe, cette teinte tragique. Quelque chose d’une sœur Tchekhovienne armée du sourire lumineux, presque hollywoodien d’Anne Richard. Et qui, malgré tout, par le truchement de la langue de Tolstoï redonne foi en l’amour.


De Léon TOLSTOÏ

Adaptation et mise en Scène : Françoise PETIT

Avec Anne RICHARD

Piano : Nicolas CHEVEREAU

Avec la participation amicale de Jean-François BALMER

Lumières : Hervé GARY

Musique : BEETHOVEN Sonate Quasi Una Fantasia

Tableau de Gaël DAVRINCHE

Chanson : Natalia ERMILOVA

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