Après le Dindon, en 2022, Philippe Person adapte au Lucernaire une autre pièce de Feydeau, Un fil à la patte. Une fois encore, c’est un bonheur.
On connait sa passion contagieuse pour les adaptations de classiques et de pièces du patrimoine. On connait aussi sa créativité débordante au service de gags singuliers. Et sa gourmandise pour le sacrilège cependant calibré.
Les ciseaux magiques
Il n’a pas son pareil pour insuffler de la fraîcheur et de l’humour dans son théâtre. Philippe Person, en partenariat vibrant pour la mise en scène avec Florence Lecorre, a repris ses ciseaux magiques pour façonner un rehaussé Un Fil à la patte offert à la troupe de son école. Une démonstration éclatante du pouvoir du théâtre : ce pouvoir de faire jaillir l’émerveillement, ce pouvoir de faire rire.
Et voici que surgit Monsieur de Bois d’Enghein, homme de tant de passions refoulées, dont la tendresse est consumée par la crainte, la crainte d’aimer et de perdre. Il veut rompre avec Lucette Gautier, cette étoile qu’il aime, mais que la société lui interdit d’aimer. Il temporise, il hésite, et la crainte le paralyse, tandis que la Baronne Duverger, sa future épouse, joue dans l’ombre. Lorsque celle-ci engage celle-là, la chanteuse Lucette Gautier pour la fête des échanges d’alliances, tout ce fatras de cœurs et de paroles devient l’arène d’incidents cocasses, de quiproquos qui, en vérité, font la vie. Et puis, Il y a Bouzin, ce minable compositeur, ce poète raté, qui déploie ses efforts pour enchanter de ces poèmes (épouvantables !) Lucette et il y a le général, cet homme à l’accent de l’étranger qui rêve de saisir le cœur de la même Lucette, quitte à penser à tuer pour cela.
La chute
Le rythme est soutenu. Mettre en scène Feydeau est un exercice de théâtre risqué. En l’absence de sous-texte, il s’agit de garder l’attention du public et donc le rythme. Le texte ne fonctionne que sous cette contrainte. Il importe d’éviter toute pause et de jouer toute la pièce en tension. Lorsque la cadence est constante dès la première seconde, et lorsque les comédiens sont au diapason de cette dynamique, une pièce de Feydeau est un régal théâtral.
Philippe Person et Florence Le Corre l’ont compris et l’ont enseigné à leurs élèves : une pièce de Feydeau est une chute sans fin vers une profondeur qui est justement affaire de surface. À la surface donc, une solide troupe dont Fairouzou Anli remarquable Lucette, April Civico absolument remarquable de talentS, Yohan Marguier, grandiose Bouzin, ou encore Alexandre Jaboulay impressionnant Général. Et Jean Gérald Dupau venu de la danse, qui confirme son talent de comédien.
De Georges Feydeau
Mise en scène Florence Le Corre et Philippe Person
Assistant mise en scène Tom Bouchardon
Adaptation Philippe Person
Avec Fairouzou Anli, Eleonore Arras, Nina Bard-Bonnet, Julien Mead Bottinelli, Marie Brocquehaye, Alicia Brudey, Théo Brugnans, Alexandre Chapelon, Alba Chatelier, April Civico, Dushan Delic Illien, Jean Gerald Dupau, Emma Gombaud, Selma Hubert, Alexandre Jaboulay, Julien Jansen, Alice Macé, Yohan Marguier, Mathilde Rechaux, Constance Rocher, Sacha Roy Sainte-Marie, Clément Ternisien
Lumières Tom Bouchardon
Costumes Florence Le Corre
Décor Vincent Blot
Production CIE Philippe Person

