Mettez deux bobos, un enfant invisible, une femme de ménage trop discrète et un sculpteur mégalomane dans un salon design. Secouez. Vous obtiendrez une pièce aussi grinçante qu’un couteau sur de la porcelaine !

Un auteur contemporain

Marius von Mayenburg qui fut conseiller artistique de Thomas Ostermeier, est l’auteur, entre autres, de Le Chien, la nuit et le couteau ou Le Moche. En 2015,  il écrit à l’encre empoisonnée une pièce sombre, drôle et cruelle,  Stück Plastik.1à noter que le festivalier découvrira avec bonheur une pièce inédite de cet auteur : Peu Importe.

Un sujet dérangeant.

Derrière un titre volontairement anodin (Stück Plastik — « pièce plastique », ou littéralement « un morceau de plastique »), Marius von Mayenburg dissèque avec une précision chirurgicale le vide existentiel des classes moyennes supérieures, engoncées dans leurs contradictions éthico-esthétiques.

La mise en scène imaginée par Louiza Meffrer épouse le trait, celui de l’ordinaire, mais immédiatement décalé. Le décor est volontairement moche, mais conceptuel : c’est dans un univers plastique que vit le couple formé par Michael (génial Thomas Radisson) , chirurgien désemparé, et Ulrike (Fanny Prost-Boucle formidable) son épouse, artiste conceptuelle engluée dans son propre vernis intellectuel. Leur fils, (désopilant Mati Galey) quant à lui, semble exister uniquement par les dialogues, comme une plante d’intérieur qu’on arrose par ennui ou par culpabilité.

Arrive Jessica, la nouvelle femme de ménage (Anne Mathon, la comédienne campe avec brio un personnage en creux). Silencieuse, presque effacée, elle entre dans l’espace du foyer, invisible, silencieuse, banale, jusqu’à l’étrange. Elle devient successivement miroir, toile blanche, sculpture vivante. À travers elle, tous les fantasmes bourgeois se déchaînent avec une hypocrisie jubilatoire.

Le sommet du grotesque est atteint avec l’arrivée de Serge, un artiste performatif cocaïné à mi-chemin entre Jeff Koons sous stéroïdes et un gourou d’un happening douteux. Son projet ? Faire de Jessica une œuvre d’art vivante, modelée à sa convenance. Et posséder Ulrike. Et le plus drole est que tout le monde trouve ça génialement transgressif — sauf peut-être Jessica qui prend soin de ne pas le dire.

Le final est à réserver à la surprise, à laisser le public découvrir cette course effrénée vers un terminus aussi inattendu que délicieux. Ne rien divulgâcher excepté à écrire que Louis Andrieu, incarnant un Serge à la fois foutraque, emphatique, sportif et incontrôlable, avec son accent d’Amérique latine, construit le plaisir du festivalier par son inoubliable performance.


De Marius Von Mayenburg, Louiza Meffrer à la mise en scène avec
Louis Andrieu, Mati Galey, Anne Mathon, Fanny Prost-Boucle, Thomas Radisson , visuel affiche, vue le 8 juillet 2025 au Théâtre du centre.

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    à noter que le festivalier découvrira avec bonheur une pièce inédite de cet auteur : Peu Importe.

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