Dans un huis clos familial, deux âmes oscillent entre amour et rancœur : Véra, la psychologue épuisée par la soif de réussite de son mari, et Michaël, l’inventeur passionné d’une prothèse révolutionnaire pour l’oreille interne.

À quarante ans, ils se retrouvent face à eux-mêmes pour trancher sur le sort de leur fille de sept ans, Rebekka, alors que la tempête du divorce fait rage.

Dès l’ouverture, la tension s’installe : Véra, brûlante de fatigue, dénonce l’ambition dévorante de Michaël, dont le regard est déjà tourné vers le congrès mondial d’audiologie à Innsbruck, comme un rêve inaccessible. Mais, dans cette scène de désordre émotionnel, la donne change : Véra a d’autres projets. Son week-end à Malaga avec un nouvel ami, une échappée douce-amère qui sera en concurrence avec l’intérêt du père pour sa fille.

L’échange s’envenime lorsque Véra propose Alex, un jeune étudiant en cinéma, fils d’une amie, comme baby-sitter. La proposition inquiète Michaël, qui voit dans cette idée une intrusion inappropriée. La discussion, déjà tendue, explose quand arrive Alex lui-même, avec sa vision cinématographique de la vie où Rebekka devient la star d’un scénario qu’il veut écrire à sa façon.

La scène se mue alors en un affrontement d’égoïsmes farouchement déployés, où chaque mot devient une arme. Renaud Danner, à la fois metteur en scène et acteur, orchestre cette pièce brûlante avec brio, traduisant la puissance du texte de Lukas Bärfuss. Danner incarne Michaël avec une intensité troublante, face à Olga Grumberg, terrible de justesse, qui campe Véra.

Adrien Michaux donne vie à Alex, incarnant cette jeunesse insouciante porteuse d’un rêve hollywoodien, tandis que Jean-Pierre Petit, en guitariste rock, insuffle une note supplémentaire à cette mécanique de tensions.

Le dispositif scénique, marqué par une esthétique cinématographique, divise la scène en séquences datées et cadrées, sous la scénographie précise de Clara Hubert et les lumières ciselées d’Olivier Forma. Le rire côtoie les larmes ; la tragédie se mêle à la satire sociale, entraînant le spectateur dans une chute vertigineuse.

Un spectacle percutant, porté par une distribution remarquable, qui ne laisse personne indemne.


vu le 11 juillet 2025 à L’Artéphile, Avignon. Visuel affiche

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