La pièce imaginée par Caroline Darnay est ambitieuse. Nous sommes transportés au début des années 80, à une époque où Oskar Schindler est encensé comme un héros de la Seconde Guerre mondiale. Un décor de salle commune d’un palace munichois va servir de théâtre à une rencontre troublante, entre un journaliste américain, vétéran d’une guerre sans frontières, son cameraman d’origine juive et une interviewée.
Leur invitée pour un entretien télévisé sera la veuve d’Amon Göth, le sinistre commandant du camp de Plaszow, celui dont la liste de Schindler a épargné des vies, mais dont la mémoire, et/ou l’oubli devient centre d’une confrontation acérée.
Émerge l’énigme. Et c’est là que Caroline Darnay, dans une subtilité invisible, tisse une ambiguïté qui fait pli entre la vertu et la culpabilité. Son personnage, Irène Kalder, revient d’un passé enfoui, de près de quarante années de silence, pour révéler une vérité, la sienne. La pièce lève le voile sur sa neutralité de façade. Elle a vécu auprès du Boucher d’Hitler ; elle a partagé un amour qui ne peut masquer une évidente complicité. Pourtant… elle dit tout ignorer. La tension naît de cette incertitude : jusqu’où pourra-t-elle contrefaire une naïveté mondaine face à l’horreur ?
L’interprétation de Darnay est d’une justesse désarmante. Sa finesse consiste à ne pas s’attacher à un facile sentimentalisme, mais à morceler la complexité de celle qui aurait pu, qui aurait dû, savoir.
La scène devient alors lieu de souffrance : la beauté de l’actrice contraste violemment avec la noirceur d’une vérité historique que ses silences, en creux, révèlent. Son élégance, tout en étant empreinte de mépris, force le spectateur à scruter cette vie qui, même dans sa vulnérabilité, s’empêche une définitive condamnation. Son surnom de l’amour, si attachant, Majola aiderait à l’innocenter.
L’interprétation de Caroline Darnay fabrique le vertige. Sa performance questionne la frontière floue entre mépris et compassion, vérité et déni.
L’essentiel s’inscrit dans une zone d’ombre, lieu de son silence, et de ses réponses, puis de son déni. Elle a tout dit, sauf cette vérité cruciale — ce que sa conscience ne lui a pas permis d’avouer. Le savait-elle ? Laissons ne rien divulgâcher; laissons le festivalier ledécouvrir.
En toile de fond, se dessine cette vérité que tout le monde clame sauf parfois pour soi-même : la responsabilité morale est une fatalité incontournable.
Texte de et mis en scène Caroline Darnay avec Caroline Darnay ,Marc Duret, Duncan Talhouët, du 5 au 26 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
15h20 durée 1h15 au CORPS SAINTS (THÉÂTRE DES). vu le 12 juillet 2025, visuel affiche.


