Une femme handicapée et son accompagnant sexuel tombent amoureux au fil de leurs rendez-vous.

Un amour à portée de voix et de peau

Dans Toutes les autres, Clotilde Cavaroc met en scène une rencontre rare, fragile, dérangeante parfois, mais d’une justesse bouleversante. Deux personnages : Elle, Clémentine, clouée à son fauteuil suite à un accident, et Lui, Antoine, homme “ordinaire”, comme il se décrit lui-même, qui propose un service peu commun : celui d’accompagnateur sexuel.

La pièce parle de désir, de solitude, de contact, mais surtout de dignité. Clémentine ose dire : « J’ai la dalle », phrase brutale, désarmante, qui fissure d’emblée les conventions. Elle appelle un homme, un inconnu, pour répondre à un besoin aussi élémentaire qu’essentiel : celui de se sentir aimée, touchée, regardée autrement.

Le spectacle ne cherche jamais à choquer. Il évite l’écueil du sensationnalisme avec une extrême délicatesse, à peine effleurée mais intensément ressentie. On n’assiste pas à des scènes physiques. Le non-dit devient matière à poésie. La parole tient lieu de geste, la confidence remplace le contact.

Ecrire

Antoine, tour à tour personnage, récitant, presque narrateur, porte la voix d’un cadre, celui de l’accompagnement, mais aussi celle d’un homme ébranlé. Son métier le contraint à ne pas s’attacher, à rester dans les limites, mais peut-on baliser les battements du cœur ? La pièce interroge : comment ne pas aimer celle qu’on touche ? Que devient l’éveil amoureux s’il est destiné à s’effacer aussitôt qu’il s’incarne ?

Il ne s’agit pas ici d’une histoire d’amour classique, mais d’un récit intime, éthique, politique. Une écriture qui devient voix de réinvention, moyen de sublimer la perte, de transformer l’absence en création.

Néanmoins, quel devenir pour l’éveil amoureux, l’attachement … se séparer pour tenir le cadre, sublimer la perte ?

L’écriture  annonce une voie créative d’acces à une plénitude. S’apaiser et apaiser la salle, nous rassérènent par la rencontre possible.


De Clotilde Cavaroc. Elise Noiraud (commande) – Mise en scène. Ira Nadia Kodiche – Chorégraphie avec Stéphane Hausauer et Kimiko Kitamura. Visuel affiche

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