Avignon à 10:00 au Théâtre de L’Oriflamme « Une histoire de la musique en 70 minutes », Sylvain Joubert ravive notre mémoire musicale collective

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Dans Une histoire de la musique en 70 mn, Sylvain Joubert nous embarque dans un voyage aussi vertigineux que jubilatoire : 70 minutes pour retracer les grandes étapes de la musique occidentale, de la préhistoire au chant grégorien, de Bach à Gainsbourg, de Mozart aux bouleversements contemporains. Un pari fou, tenu avec humour, érudition et générosité.

Seul en scène, accompagné d’un piano et d’un violoncelle, Sylvain Joubert transforme ce qui pourrait être un exposé universitaire en un moment d’intelligence partagée, avec ses moments drôles et intimes, avec le public. Ce dernier n’est pas seulement spectateur : il chante, il rit, il découvre, ou redécouvre, des termes comme contrepoint, harmonie, neumes ou solfège. Une initiation à la musicologie qui n’a rien de rébarbatif : ici, tout est vivant, incarné, ressenti.

L’artiste s’adresse à ceux qui n’ont jamais mis les pieds au Conservatoire comme à ceux qui en sortent. Il offre une « session de rattrapage » où l’apprentissage devient ludique, affectif. Car la musique, nous rappelle-t-il, précède l’homme, cet être néoténique, inachevé, qui devient humain en devenant artiste. La musique ne serait donc pas un luxe, mais un socle anthropologique.

De l’invention de l’écriture musicale au surgissement des premières signatures de compositeurs au XIVe siècle, en passant par Hildegarde von Bingen, Josquin des Prés, Rameau, Bach, Mozart, Schubert ou les Schumann, Joubert tisse une fresque dense mais accessible. Il n’hésite pas à persifler au passage certaines dérives de l’art contemporain. Quel compositeur oserait une symphonie silencieuse ou composée d’une seule note répétée pendant quatre mouvements ?

Bach, nous confie Sylvain Joubert peut-être sa préférence, « il fait tout ce qui a été fait et le reste, il l’invente ». Certains morceaux, ajoute-t-il, nous déchirent le cœur comme la sonate N°12 de Mozart. Et ce n’est pas un hasard si Serge Gainsbourg, admirable connaisseur du répertoire classique, a su y puiser quelques pépites de Brahms et de Chopin, sans jamais les plagier mais en les citant toujours, pour composer ses plus déchirantes mélodies.

Sylvain Joubert est un pédagogue au sens le plus noble : il transmet, éclaire, éveille notre curiosité. Il esquisse un portrait de la musique comme art du lien, entre les époques, entre les classes sociales, entre les voix : soprano, alto, ténor, basse.

Et en filigrane, une idée, selon le mot de Théophile Gautier : Il n’y a vraiment de beau que ce qui ne peut ne servir à rien : tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelques besoins, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature.

Pour qui a une prédilection pour le théâtre musical, ce spectacle opère un petit miracle de rendre la musique classique plus intelligible, accessible et désirable. Et de rappeler que, au-delà des partitions, ce qui se joue, c’est notre humanité même.


Une histoire de la musique en 70 minutes Sylvain Joubert, Jusqu’au 26 juillet à 10 h au Théâtre de L’Oriflamme De et avec Sylvain Joubert
Relâche les mercredis, vu le 10 juillet, visuel Affiche


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