Dès les premières minutes de L’Imposture, Lucie Hanoy annonce la couleur : il s’agit d’un seule en scène. Et quel seul en scène ! Une fresque à la fois drôle, poignante et implacablement lucide, portée par une femme qui se définit elle-même comme « grosse, lesbienne et marionnettiste ». Le ton est donné : il faudra composer avec les étiquettes… pour mieux les dynamiter.
Le spectacle déroule le parcours de vie de l’artiste dans un récit autobiographique plein de panache, entre humiliations et victoires, luttes personnelles et reconnaissances professionnelles. Le tout est ponctué de chansons (notamment de Bruel), d’anecdotes cocasses et de confessions intimes, dans un savant mélange de théâtre, cabaret et manipulation de marionnettes.
Sur scène, deux portants garnis de vêtements deviennent à la fois décor, accessoires et partenaires de jeu. Les marionnettes prennent vie au-dessus de ces structures minimalistes, incarnant des figures rencontrées sur le chemin de Lucie – comme celle hilarante d’un covoiturage grotesque. Le dispositif, simple mais ingénieux, souligne à merveille la théâtralité du récit et la virtuosité de l’interprétation.
Ce qui se joue ici dépasse la seule histoire individuelle. Lucie Hanoy démonte avec humour et acuité les clichés sur le corps, le genre, l’alimentation, le sport, et sur ce que devrait être ou faire une femme – ou une marionnettiste. Elle dénonce, sans jamais sombrer dans le pathos, ces regards normatifs qui enferment, ces remarques « bienveillantes » qui étouffent, ces conseils intrusifs jamais sollicités.
« Sortir de sa zone de confort », dit-elle à plusieurs reprises. Elle, visiblement, l’a fait. Et elle nous y pousse à notre tour, nous forçant à interroger nos propres certitudes, nos automatismes de pensée, notre prétention à « savoir pour l’autre ».
Au fond, la véritable question posée par L’Imposture est celle-ci : qui est l’imposteure ? Est-ce celle qui s’affirme dans sa différence, ou le regard qui la marginalise et lui dénie sa légitimité ? Le spectacle renverse la perspective et rend visible l’absurdité de ce jugement social.
Lucie Hanoy livre ici une performance courageuse, drôle, subtilement politique. Elle ose tout : la nudité, l’autodérision, l’émotion, l’impudeur maîtrisée. Le public rit, s’émeut, réfléchit – et sort touché, remué, plus intelligent.
Un moment de théâtre rare, généreux, où l’humour devient une arme précieuse pour dire les discriminations et affirmer une liberté de ton salutaire. Une comédienne à suivre. Un spectacle nécessaire.
Création collective
Lucie Hanoy – Mise en scène
Aurélie Hubeau – Mise en scène
Pierre Tual – Mise en scène
Lucie Hanoy – Interprétation
Lucie Hanoy – Conception
Alice Chéné – Collaboration artistique
Anaïs Chapuis – Collaboration artistique
Michel Ozeray – Scénographie
Thomas Demay – Création son
Olivier Bourguignon – Création lumière
Guillaume Hunout – Création lumière
Marie La Rocca – Costumes
Vu le 14 juillet 2025
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