Nominé comme meilleur acteur et meilleur seul-en-scène aux Cyranos 2024, Philippe Nicaud, après Macbeth, succès off 2022-23-24 et joué cette année Au Vieux Balancier, met en scène Othello en solo. Épatant.
La mise en scène d’Othello s’inscrit dans un espace légèrement sombre, créant une atmosphère oppressante et propice à la plongée dans la psyché torturée d’un des monstres les plus emblématiques de Shakespeare.
Dans ce décor volontairement minimaliste, Philippe Nicaud offre une interprétation magistrale du personnage d’Iago, incarnant à la perfection un manipulateur diabolique, sans scrupules, et d’une cruauté palpable.
Son jeu, habilement flanqué d’une gestuelle fébrile et d’un regard perçant, donne vie à un Iago à la fois facétieux et terriblement sombre. La scène devient le théâtre d’un affrontement subtil entre l’ombre et la lumière, où chaque mouvement semble calculé pour faire tanguer la stabilité fragile des autres personnages. La salle, sombre et intime, amplifie la puissance de cette interprétation, rendant chaque nuance de son rôle encore plus saisissante, et faisant frissonner le spectateur face à la complexité d’un personnage tordu par ses propres démons.
La force de cette mise en scène réside aussi dans la conduite remarquable des fils de l’intrigue tissée par Iago. Son déguisement en clown noir, sa représentation machiavélique d’un marionnettiste invisible, illustrent à merveille sa volonté de dominer et de détruire par la ruse. La scène se révèle alors comme un véritable théâtre de la manipulation, où promesses, trahisons et insinuations deviennent des armes acérées, déchirant la trame de la confiance et de l’amour.
Le personnage de Iago, dépeint comme un homme sans foi ni loi, soulève une question essentielle : son seul but ne serait-il pas de gravir les échelons du pouvoir, au détriment d’Othello ? La folie de son obsession dépasse même sa propre conscience, rendant son personnage encore plus inquiétant. La pièce laisse planer un mystère quant aux véritables motivations qui animent cet homme, nourri par la haine, le désir et la vengeance.
Au cœur d’un espace réduit, Philippe Nicaud transcende le personnage de l’enseigne d’Othello. Il donne à voir un Iago grand et terrifiant, capable de faire trembler tout un public. Sa performance est à la fois fine, intense et viscérale.
De William Shakespeare. Du 4 au 26 juillet à Avignon, à 19:30, durée 1:10. AU VIEUX BALANCIER, Salle Shakespeare, Rachel Ruello 0683095732 – Diffusion. Vu le 17 juillet 2025, Visuel affiche

