Artiste franco-américaine, Niki de Saint Phalle est connue du grand public par ses « Nanas » (1965) et leurs corps voluptueux aux couleurs chatoyantes.En une pièce brûlante, Juliette Andréa Thierrée cherche les contradictions de l’artiste pour mieux en restituer la femme habitée , indomptable. La femme solaire.

Un portrait éclaté d’une femme démesurée

Juliette Andréa Thierrée s’empare de la vie de l’artiste franco-américaine comme d’une matière vivante, malléable, pour en faire un théâtre total, sensoriel, politique. Sur scène, pas de biographie linéaire, mais un kaléidoscope entre confidences intimes et éclats de couleur, entre corps dansants et récits des traumatismes. L’interview fictive qui structure le spectacle fait office de fil rouge.

Les corps en scène, sculptures en mouvement

Lois Husson, Coriane Alcalde et Valentine Desmier, aux côtés de Thierrée, incarnent avec puissance les multiples facettes de la féminité selon Niki de Saint Phalle. À travers la danse, les gestes plastiques, les performances, les compositions de tableaux vivants, les comédiennes donnent chair aux archétypes féminins explorés par l’artiste : de la mariée enfermée à la prostituée sacrifiée, jusqu’à la Nana triomphante, colorée, flamboyante. La plasticienne et son esprit émergent devant nous.

Nana jaune

Un cri de résilience, une esthétique du chaos maîtrisé

Le spectacle ne se détourne pas des blessures profondes – inceste, folie, suicide familial – mais les transforme en art, à l’image du parcours de l’artiste. Peindre pour survivre. Créer pour ne pas sombrer. La mise en scène elle-même épouse cette tension : explosion de couleurs, sons bruts, ruptures de rythme… autant d’outils pour transmettre la violence et l’éclat d’une œuvre comme une nécessité.

Le monstre (Jérusalem)

Entre hommage et manifeste

Plus qu’un simple portrait, le spectacle se fait manifeste féministe, politique, artistique. Parfois, le discours se fait foisonnant, voire saturé. Cette surabondance fait écho à l’exubérance de Saint Phalle elle-même. Dans cette démesure, le spectacle trouve sa cohérence.

Un théâtre de la chair, un art de l’anamnèse

Comment raconter une artiste sans la voir créer ? Juliette Andréa Thierrée répond à cette question en mettant en jeu son propre corps, dans une performance intense, presque rituelle. Son interprétation dépasse la simple incarnation : elle devient passeuse. Elle parvient à créer du rare : figurer le désir dans une expérience dense.

Jusqu’au 3 août au théâtre de l’opprimé.


texte et mise en scène : Juliette Andréa Thierrée • avec : Juliette Andréa Thierrée, Lois Husson, Coriane Alcade, Valentine Desmier • musique : Mia Delmae • lumière : Coriane Alcade. Vu le 1 août au théâtre de l’opprimé.

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