Renouvelant un classique, la pièce mêle esprit et gravité pour interroger les jeux de pouvoir et les contradictions du désir, tout en offrant de vrais éclats de comédie ; portée par des interprétations solides, elle se révèle à la fois divertissante et stimulante.
Vingt Ans après, Rampal rouvre la blessure
Célimène et le Cardinal de Jacques Rampal, actuellement à l’affiche au Lucernaire, arrive avec un héritage considérable. Créée pour la première fois en 1992, cette suite du « Misanthrope » de Molière a été un succès critique et populaire immédiat. L’œuvre a ensuite connu de nombreuses reprises, confirmant son statut de pièce majeure du répertoire contemporain. Aujourd’hui, la reprise de Frédérique Lazarini invite une nouvelle génération à se pencher sur le dialogue incisif et perspicace imaginé par Rampal.
Qu’est-ce donc avez-vous ?
Le génie de Rampal réside dans sa reconnaissance de la pertinence durable des thèmes de Molière : l’hypocrisie sociale, le choc entre l’idéalisme et la réalité, et les complexités de l’amour. La pièce nous oblige à affronter les conséquences des choix faits et des chemins non empruntés. À ceux qui veulent savoir que deviennent les passions de la jeunesse lorsqu’elles sont confrontées à l’érosion du temps et au poids de l’expérience, la pièce répond avec amertume et mélancolie.
Une pépite théâtrale
La scénographie de Brigitte Veyne, les costumes Nathalie Prats et les lumières de Didier Brun choisissent une ambiance saturée de rouge et une tension hypnotique qui amplifie et accompagne la tension inhérente à la pièce. La scène devient une cocotte-minute, dans laquelle bouillonne, dans une sorte de session de rattrapage, les rancœurs latentes et les désirs inavoués. Frédérique Lazarini finit le geste en une direction d’acteurs d’équilibriste. L’Alceste de Robert Plagnol est une révélation : à la fois étrange et prévisible, il incarne un homme tiraillé entre ses idéaux passés et les compromis de la vie. Il est définitivement ridicule et détestable. Il est si humain. Amélie Gonin est épatante : elle livre une prestation magistrale en incarnant une Célimène forte et indépendante, qui, déjà vingt ans plus tôt, avait vu juste et qui aura su agencer son désir.
Bien plus qu’une simple suite, la pièce est un commentaire social acéré et une exploration nuancée du cœur humain. Une invitation à penser. La pièce qui sait fréquemment être drôle est à voir absolument.
De Jacques Rampal. Mise en scène Frédérique Lazarini, avec Amélie Gonin et Robert Plagnol. Scénographie Brigitte Veyne. Costumes Nathalie Prats. Lumières Didier Brun. Musique Thomas Briant. Durée 1h10. Visuel Affiche. Vu le 5 septembre 2025 au Lucernaire.

