Formidable reprise au Lucernaire de la création par Philippe Person de la pièce phare de Tennessee Williams.


Une pièce du patrimoine

À 34 ans, Tennessee Williams accède à la célébrité grâce à La ménagerie de verre, une œuvre, qui a connu de nombreuses mises en scène en France.

Une intrigue sombre

Amanda Wingfield, une femme vieillissante, vit dans un modeste appartement avec son fils Tom et sa fille Laura, légèrement plus âgée. Tous trois survivent tant bien que mal après une catastrophe – réelle : le départ du père ou fantasmée : un secret familial. Amanda, nostalgique de sa jeunesse et de ses succès passés auprès des hommes, rêve d’un avenir plus confortable. Sa principale inquiétude reste l’avenir de Laura, dont la fragilité physique et psychologique entrave l’autonomie, aliène une possible indépendance. Tom, le fils, employé dans un entrepôt de chaussures, subvient aux besoins de la famille. Sous la pression maternelle, il invite Jim, un collègue, à dîner dans l’espoir qu’il s’intéresse à Laura.

Lors de cette soirée, point d’orgue du drame qui se joue, Amanda retrouve un brin d’optimisme. Jim charme Laura et l’embrasse… avant d’annoncer qu’il est fiancé. Cette révélation verse Amanda dans la colère, qu’elle reporte violemment sur Tom.

Une pièce entre autobiographie et fiction

La pièce s’inspire fortement du vécu de Tennessee Williams : une famille monoparentale après l’abandon du père, une mère hantée par sa jeunesse, une sœur vulnérable et un fils tiraillé entre ses obligations et son désir de fuite.

Tom, narrateur et protagoniste, avertit d’emblée le spectateur : ce qu’il s’apprête à voir n’est peut-être pas la vérité.

L’histoire oscille ainsi entre réalité et fiction, multipliant les niveaux de lecture et brouillant les repères pour mieux captiver.

Un drame psychologique sur la famille et la culpabilité

Tennessee Williams examine la famille comme un lieu de contradictions et de culpabilité. Dans une modernité enrichissante, Philippe Person, toujours aussi créatif, réinvente cette dynamique en intégrant les rythmes et les gestes de notre époque. Sa mise en scène adopte le prisme du drame domestique, ancrant l’histoire en l’Amérique d’après-guerre tout en y ajoutant ses touches ancrées dans un réalisme contemporain qui confère à la pièce sa force. Il n’oublie pas d’incorporer la fable et le romantisme. À travers une simple porte s’ouvrant sur un violoniste jouant de dos au public, il insuffle à la scène une dimension d’absolu. Cet absolu est à la fois esthétique, sombre… et enchanteur.

Florence Le Corre offre, par sa formidable composition de la fragilité et par son célèbre sourire hollywoodien, une dimension tragicomique extra-ordinaire. Blaise Jouhannaud est un Tom remarquable. Le comédien qui se sait pivot de l’intrigue remplit d’épaisseur et de nuances son personnage. Il nous réserve un belle surprise, moment de grâce. Antoine Maabed campe un Jim moderne. Il sait, et avec lui Alice Serfati qui évite l’emphase, déclencher les identifications du public.

À travers eux, Philippe Person ancre l’intrigue dans son époque tout en la détachant de l’allégorie, nous incitant ainsi à explorer nos propres associations intimes.

C’est une proposition très réussie.


La ménagerie de verre de Tennessee Williams.Mise en scène Philippe Person
Traduction Isabelle Famchon
Avec Florence le Corre, Alice Serfati oú Alice Macé, Blaise Jouhannaud et Antoine Maabed, Lumières et vidéo Tom Bouchardon. crédit photos © Juliette Ramirez. vu le 27 avril 2025 au Lucernaire, salle du Paradis

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