Dans le cadre du quatorzième festival Paris des femmes – scènes d’auteures – sont mise en scène des textes contemporains écrits par des femmes de spectacles (format court) : Abigail Assor, Marianne Basler, Hélène Gestern, Anne Goscinny, Camille Kouchner, Susie Morgensten, Gaëlle Obliégly, Vanessa Springora.

Le spectacle est précédé d’une rencontre (Reading wild) avec les auteures interviewées, quelques minutes, sur notamment leur rapport à la lecture. Ce focus sur des récits de femmes produits par des femmes intensifie l’attention sur l’enjeu littéraire et le choix théâtral retenu. 

Quelles réalités les auteures contemporaines ont-elles sélectionné pour parler des femmes d’aujourd’hui, d’une lignée de femmes, d’un style d’écriture ? Très vite les questions relatives à la spécificité d’un texte, d’une thématique abordée par une femme se distingue de la masse des romans et des nouvelles publiées s’effacent. Il s’agit de création de textes et de choix de mise en scène à découvrir éloignant ainsi des images ou clichés sur Qu’est-ce qu’une femme doit, devrait écrire ou bien encore de rechercher intellectuellement le commun, le spécifique ?

Place aux textes

Sur scène, les comédiennes accompagnées d’un musicien, textes en main ou posés sur un pupitre,  donnent à voir, à ressentir les vibrations de ceux-ci. Pour rappel, la folie s’invite à la table des délices amoureuses.

Jetée à l’eau 

d’Abigail Assor

avec Hinda Abdelaoui

De la femme à la mère, un parcours

Elle arrive dans l’ombre, sur le plateau, on aperçoit un renflement sur son corps : est-elle enceinte ? Elle porte son bébé camouflé sous son manteau. En proie avec question de la normalité, est-ce normal, se répète, en écho, cette interrogation pour cette femme qui incarne l’expression Jeter le bébé dans ou sur la mer. Tourbillon de folie et lame de fond pour entendre cette mère aux prises avec sa propre naissance et celle de son enfant. Jetée à l’eau sans expérience préalable serait le sort de femmes devenues mères projetées dans un inconnu gouverné par la peur ?

Cette exploration du regard gris du bébé (les yeux du père ?), de la mer, la Manche en l’occurrence et cette réponse du père trop accrochée à la réalité : prend soin de toi, fais-toi masser. Comique et dérangeant, ce texte qui fait se rencontrer un monde où la folie rôde ainsi que celui d’une rationalité… Qui peut l’entendre ?

Sensible voix de la comédienne pour éprouver et transmettre les émotions de détresse ou du moins de questions d’une femme devenue mère touche le spectateur.e.

Edna, Rim Battal

avec Emmanuelle Lafon et Valentin Clabault

Dans la salle d’attente du graal ou son illusion

Erotisme, sexualité, accès à l’orgasme ou désir de normalisation, tout se bouscule dans l’univers de cette femme en attente … d’extase. Texte en main et voix extérieure organisent un univers peuplé d’inquiétude – recherche de plaisir sexuel – et d’humour. Se superpose un amour ancien et celui de l’amant présent et obéissant cherchant à satisfaire sa maitresse. Etre ou redevenir une petite fille tel un paradoxe face à l’émancipation envisagée. Se lover dans le cou d’un protecteur (daddy). Complexité et paradoxe de cette femme en attente de reconnaissance sans doute mais surtout interrogeant des stéréotypes. Quel est ce désir ? Actuel, passé. Les échos à une histoire où le désir de la femme n’était pas dit, pas pensé traverse les scènes érotiques et un langage de la réalité.

La présence musicale amplifie l’émotion,  de l’attente d’un Dis-moi que tu m’aimes ? C’est fou, non !

L’anniversaire 

de Camille Kouchner

avec Helena Noguerra et Laure Blatter

Relation longue et masque social

Jo, sous la houlette de Sophie avec qui il travaille, ils se connaissent depuis si longtemps, organise – ou plutôt Sophie – une fête anniversaire pour sa femme. Elle, Guilia, se présente comme mère de trois enfants, une histoire sans histoire en fait. Jo est la vedette de la soirée, solaire, dans sa vie sociale, attentif dans sa vie familiale. A genou, il lui demande sa main. Dans le bruit de la fête, alors qu’elle n’aspire qu’aux retrouvailles avec mari, Guilia dénonce cette farce. Image sociale, engagement dans la relation : comment parler d’intimité ?

Qu’est-ce qui se joue ? Relation authentique, image sociale à polir ? Une mise en scène du plan large d’une histoire de couple ou l’impossible relation coincée entre idéaux et rude réalité. Folie du couple, qui sait ? 

Ce fol amour

de Vanessa Springora

avec Sam Karmann et Danièle Lebrun

 et l’envol des souvenirs

Lui et elle. Elle s’embrouille, cherche son mari à côté d’elle, dans le salon. N’est pas malade, dit-elle. Devant nos yeux, ce couple d’amoureux, dans nos oreilles, la discordance des paroles. Elle est perdue. Moins que lui peut être déboussolé par sa femme, aimée, dont les souvenirs s’envolent et dans un présent décalé de la réalité. L’entrée dans le monde de la folie ? Ne plus se reconnaître, devenir une autre, un futur invincible ? Elle est à ses côtés depuis si longtemps,  désormais il l’aidera dans une alliance amoureuse renouvelée.

Moments poignants à propos d’une réalité qui échappe

La chambre vide 

de Marianne Basler

avec Anne Charrier

L’installation d’une indifférence entre un frère et une sœur. Au pupitre, la comédienne livre un texte où se conjuguent plusieurs temps : celui de l’enfance complice, celui de l’adolescence partagée et l’installation d’une indifférence. Les mondes s’éloignent,  s’écartent, on ne se comprend plus. 

La souffrance, maître mot de la folie, il s’agit ici du tremblement d’une relation fidèle  (un pacte signé à vie), indéfectible qui vacille. Les allers et retours temporels créent un tournis, celui de la vie peut être, où sommes-nous, que se passe t-il ? Est-il handicapé, mort, absent , certes à la relation ?

Une histoire de perte et, de plus, sans doute, faut-il parler d’effondrement ?

Daphnée,

de Gaëlle Obiégly

avec Gilles Cohen et Florence Muller 

C’est une inconnue qu’il rencontre dans le métro, elle ne lui est pas inconnue, pour elle oui.

Le trouble est jeté, il lui rappelle et suggère ce qu’il connaît d’elle, de leur histoire d’amour, elle ne s’en souviens pas. Folie de l’oubli, folie d’une relation où l’autre en sait plus que la  personne sur elle-même. Un trouble, un vol d’une mémoire, d’une histoire commune et la solitude de souvenirs perdus pour elle et vivaces pour lui.

La sobriété de la mise en scène, avec un pupitre pour deux , juxtaposent les deux comédiens dans une relation où l’indifférence agit sur l’un et le désappointement pour l’autre. Comment peut-on oublié que nous nous sommes aimés ?

En quelques mots

Fol amour, histoire et mémoire effacée, l’amour et la folie avancent ensemble, attendre, se décevoir, attendre de nouveau et comprendre, parfois, que le temps ne fait rien à l’affaire.

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