Au Studio Hebertot, jusqu’au 12 avril 2026
Szaludowski travailleur sourd vient chercher une attestation. Sa demande va mettre en branle une bureaucratie. La vraie surdité, dans une délirante comédie burlesque, sera du côté de ceux qui entendent. Joël Chalude signe et interprète ce texte acéré, mis en scène par Jean-Claude Cotillard, aux côtés d’Elliot Jenicot et Benoît Cassard — à ne pas manquer.

Le document qui n’existe pas encore
Il y a dans Les P’tites Cases un plaisir théâtral rare : celui de voir le réel se plier et se déplier sur lui-même comme une feuille de papier administratif qu’on ouvre, relit, et qui ne dit toujours rien. Szaludowski, ouvrier sourd, modeste mais imperturbable, vient chercher une attestation. Un document. Un papier qui dirait officiellement ce qu’il est. Et c’est précisément là que commence l’affaire.

On pense irrésistiblement à Lacan commentant Poe : dans La Lettre volée, la lettre ne sera jamais lue, son contenu ne sera jamais révélé — et pourtant elle organise tous les désirs, toutes les postures, tous les rapports de pouvoir autour d’elle. Les P’tites Cases fonctionne selon une logique implacable : l’attestation que vient chercher Szaludowski n’existe pas encore, et son absence met en branle une bureaucratie, convoque un Assistant, mobilise un Psychiatre. Il est le moteur de la pièce et le centre de gravité autour duquel les frustrations, les faiblesses, les vacuités s’organisent. Dont seul l’humour préserve de la folie.

Est sourd celui qui ne veut rien entendre
Joël Chalude — lui-même sourd, lui-même auteur, lui-même comédien — opère ce retournement que la mise en scène de Cotillard orchestre avec une précision burlesque : ce sont les entendants qui n’entendent pas. L’assistant n’entend pas l’absurdité de ses propres questions. Le Psychiatre n’entend pas que ses certitudes se fissurent. C’est la leçon de la lettre volée appliquée à la chair : ce n’est pas le contenu du document qui compte, c’est la place qu’on occupe dans la chaîne de sa circulation.
Szaludowski, en refusant d’être à la place qu’on lui assigne, fait tomber le château de cartes. La comédie est grinçante. Le burlesque y est pleinement assumé. C’est jubilatoire.
De Joël Chalude
Mis en scène par Jean-Claude Cotillard
Avec Elliot Jenicot, Joël Chalude et Benoît Cassard
Avec la voix de Christine Murillo
Assistante à la mise en scène : Soli
Création son et lumières : Guillaume Ledun
Décor et accessoires : Olivier Penot
Répétitrice : Fanny Druilhe


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