
Robert Mapplethorpe est l’un des plus grands maîtres de la photographie d’art. C’est avec un noir et blanc extrêmement stylisé qu’il réalise portraits, nus, et natures mortes. L’esthétique est aboutie, chaque photo est léchée, équilibrée, apurée, travaillée.
On s’émerveille pour la justesse des noirs des blancs et des compositions.
Cependant, aucune question nous assaille durant la visite. Pas une fois, j’ai senti le besoin d’une explication, d’un commentaire,d’un éclaircissement. C’est beau oui mais quoi?
Au fond, à la fin de l’expo ne reste que cette question: est ce subversif?, autrement dit est ce que le message de sa photo déconstruit quelques unes de nos croyances “bourgeoises”.
La clé est peut être dans cet usage redondant du mot ’cock’, (bite).
On découvre un homme obsédé par une perfection esthétique, une perfection de l’image poussée à l’extrême comme pour oublier le sujet photographié. Le mot tue la chose écrivait Lacan. La photo de Mapplethorpe assassine la chose, la désincarne, l’escamote et l’annule.
Alors reste le mot bite, seule transgression de cet homme perfectionniste, hiératique et obsessionnel. L’oeuvre de Mapplethorpe est réactionnaire, car si le beau se veut juste, alors celui de Mapplethorpe est très juste, trop juste.
Il aura fallu la facétie d’un Iggy Pop pour trouver enfin un portrait au cadrage impossible, au discours du déséquilibre, au discours de la vie.
La vie qui passe. Aussi pourra-t-on s’exonérer de cette expo inutile.

