
En 1854, dans un Nebraska hostile et rude, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy qui se propose de les accompagner vers des lieux plus civilisés, loin de la conquête de l’Ouest.
Cuddy est une pionnière forte et indépendante, croyante, idéaliste et généreuse. Elle croise le chemin de George Briggs, fervent égoïste antisocial et pragmatique ; pour 300 dollars il accepte de s’associer à elle en vue de transporter les trois femmes
Une fresque magnifiquement filmée, qui vise un point particulier du mythe américain, et notamment “les gueules cassées” et les laissés pour compte de la conquête de l’Ouest.
Le récit d’un long périple dangereux est d’autant plus héroïque qu’il nous apparaît presque désuet de vouloir sauver trois folles, définitivement remisées de la société et de la civilisation.
On adorera le jeu de Tommy Lee Jones en lonesome cow-boy, et de Hilary Swank en mère courage, en non-mère pourchassant un seul but, créer sa famille.
Car le propos de ce film est là. A quoi servent nos vies ?
Cuddy a sa réponse, qui consiste à se marier et à créer une famille d’agriculteurs. Sa seule dignité serait d’être honorée par un homme. Briggs n’a pas de réponse car il ignore la question, il vit hors de la question, au jour le jour sans se soucier du sens de la vie ni de celles des autres. Il aime à se saouler et à chanter la chanson de Dany, le séducteur vagabond.
Et pourtant, dans leur périple, nous assistons à une double réversion.
Le destin rencontre ce drôle de couple avec leur carriole à barreaux pénitentiaires, transportant trois folles. Le destin, comme une main invisible, pousse chacun des personnages à rencontrer son extérieur, l’extérieur de son discours et de son fantasme.
Cuddy couche avec Briggs. De cette expérience, elle comprend que la dignité n’est pas là où elle l’a posée, que son fantasme est faux, que ce qui la constituait ne tient pas. Le matin suivant, elle se suicide.
Briggs, homme de peu de morale, est contraint de sauver les trois folles malgré lui, pour la seule raison qu’elles le suivent et l’empêchent de fuir, comme on sauverait trois chiens errants. Ce périple, toutefois, semble l’avoir changé et sa rencontre, à la fin, avec cette femme de pasteur (une meryl streep, magnifique qui animée par la foi, plus que par une envie curieuse de soigner, recueillent les trois psychotiques) promet un nouveau devenir.
Briggs offre à une jeune femme une paire de chaussures et lui parle mariage. Il achète une stèle pour Cuddy et reprends la route pour la déposer sur sa tombe.
Le destin comme l’œuvre de la main invisible de Dieu n’en fait pas plus.
La vie de Briggs ne servira à rien d’autre que ce transfert de folles.
La jeune femme aux chaussures accepterait peut être de se marier avec lui, mais Briggs fait semblant de ne pas l’entendre.
La stèle est jetée par dessus bord du ferry cependant que Briggs, saoul, chante sa chanson fétiche. Cuddy, même dans sa sépulture, ne trouvera sa dignité.
Et pourtant ce film magnifique tant en terme de réalisation que de conduite d’acteurs, de la photo comme de la musique, nous laisse le gout pour l’optimisme.
Peut être parce qu’il est un hymne à la vie sous toutes ces formes.

