Il est sympa ce petit film réalisé par un médecin, Thomas Lilti, sur l’hôpital public. Il faut le voir. Pour le jeu des acteurs et pour cette ambiance plus vraie que nature. Il ressemble à un documentaire en ceci que Lilti tente d’embrasser tous les sujets et qu’il filme camera au poing. La liste est longue des sujets évoqués : la vétusté des installations, la fonction cardinale des infirmières soufre-douleurs alternativement des malades et des médecins, la solitude des internes, la salle de garde, l’humour des carabins, l’erreur médicale, l’euthanasie etc ….
Y a tout mais peut être trop simpliste, trop catégorique.
L’université de médecine produit ce discours chez ses élèves, un discours philosophique et politique pauvre, facile, psycho-rigide, terre à terre, enfantin. Les médecins, consacrés exclusivement à l’étude du corps humain jusqu’à au moins l’âge de 30 ans, ne sont pas adeptes de la dialectique.
Ceci doit expliquer cela : le médecin étranger algérien faisant fonction d’interne est une caricature. Il est victimaire, il est pauvre, il travaille dur mais, atavique, il est généreux de cœur et a le sens de la famille et du respect dû aux personnes âgés. Et le médecin africain slamme les phrases des patients car, bien sur, il a le sens de la musique. Pas vu le juif et son sens des affaires.
Cela aussi explique peut être le terrible message du film. Abdel, le médecin arabe, décide, seul de débrancher une femme en fin de vie. Il arrête la réanimation posée à tort par des médecins trop consciencieux. Au titre de sa supposée conscience de la famille et de ce que l’humanisme l’obligerait. Sauf que l’inconscient existe, et que la loi française, parce qu’elle le sait, a posé le principe de la décision collégiale. La loi Léonetti nous empêche d’assister à cette infamie où un homme, dans une toute puissance divine grosse d’une jouissance narcissique, décide seul dans sa blouse blanche de l’heure de la mort d’une autre personne.
A la fin du film, Abdel, dans un dernier aveuglement, dit à Benjamin, le jeune interne, héros du film : – alors t’as bien foutu le bordel! J’ai quitté la salle en colère.

