Oblomov, troupe de la Comédie Française.

OBLOMOV - Repetition - repriseJ’ai vu Oblomov par la troupe de la Comédie Française. Oblomov est un roman. Le livre raconte l’histoire d’un propriétaire terrien Ilya Ilitch Oblomov, qui cultive comme son bien le plus précieux un penchant naturel à la paresse. Hanté par la nostalgie d’une enfance heureuse et insouciante, et donc affrontant une sensiblerie exacerbée il passe ses jours à s’emboîter dans son meuble favori, un divan. Même l’amour qu’il va rencontrer chez Olga se montre insuffisant à vaincre sa force d’inertie. Oblomov terminera ses jours dans la voie où son inconscient le jette : faire corps avec son bien-aimé divan, sans avoir rien entrepris.

L’adaptation de Volodia Serre sait restituer et la beauté comique et tragique du roman, et ce que ce roman cherche à disséquer de la psyché d’Oblomov.

Le recours à la mise en scène des rêves d’Oblomov est un des génies de Volodia Serre. Oblomov rêve de la mère de son enfance, il est nostalgique dans ce versant de la pulsion de mort incluse dans un attachement à la mère si fort qu’il interdit au sujet toute différenciation. Le divan est la métaphore de la mère. Une scène onirique où Oblomov (Guillaume Galienne) se glisse sous les jupons de sa mère (Coraly Zahonero) assise sur le divan signe la métaphore. Je remercie ces deux acteurs de nous avoir fait assister à  un moment onirique de complétude psychique. Dans un insight que seul le théâtre permet car les corps y participent, nous avons sous les yeux le spectacle de l’insouciance de la mère couvant son enfant, l’insouciance de l’enfant questionnant la mère: nous avons sous les yeux le temps présent du paradis préœdipien.

J’ai assisté à cette pièce avec une amie qui autant que moi aime la vie et l’amour de la vie. Pas facile a priori de s’intéresser à la vie de ce neurasthénique qui croise l’amour et n’en fait rien. Qui dirait : ç’a ne me dérange pas puis ça ne m’intéresse pas. Et pourtant ça marche. Nous avons aimé Oblomov, son destin, ses nostalgies, ses peurs aussi. Car Oblomov est un peureux, un craintif. Oblomov est même un phobique au sens du carrefour des trois structures chez Lacan, au sens de la peur de castration préoedipienne. C’est presque un infant qui ne sert qu’à la mère, il est his majesty the baby dans son landau-divan.

Olga

– Mais y a-t-il une vie qui puisse être inutile ?

Oblomov

– Bien sûr, par exemple la mienne.

Mais trop simple bien sûr, Oblomov est un homme, Dans les deux couples  qu’il forme avec son ami d’enfance et avec son majordome, se pose l’embryon d’une relation au père symbolique. Va-t-on assister  à ce recours au père œdipien qui devrait le sauver? Il est un héritier et d’avoir tout hérité il ne lui reste rien à construire, à entreprendre. Il reçoit une lettre de son régisseur où il apprend qu’il est ruiné. La loi se rappelle à lui, et le jeu entre son majordome et lui autour de la lettre perdue et retrouvée et à nouveau perdue, est simplement succulent d’allusions métaphoriques. Cette expérience révélatrice l’oblige à sortir de sa tanière, il rencontrera Olga, il rencontrera l’amour, et nous espérons. Nous voulons voir l’homme, celui qui tente de s’extraire à sa paresse, à sa léthargie, à sa quasi-catatonie. Le rideau du premier acte tombe sur cet espoir.

Oblomov

– Ou j’ai mal compris ou la vie n’a aucun sens.

Une phrase de divan !

Une phrase de désespéré qui a compris que la vie n’a aucun sens sauf celui qu’on lui invente, celui qu’il aura essayé de lui donner par et pour l’amour d’Olga et dont la tentative se solde par un échec. Un échec radical où la mère piédestalisée, envahissante affectueuse et féroce ne lâche rien.

Et pourtant Oblomov est une pièce optimiste. Cet homme est  attachant car il a essayé, car il a tenté de sortir de sa pulsion de mort. Il est attachant car il aime les mots. Il est attachant car il ne se ment pas. On pense à la difficulté de nos analysants de revenir sans cesse s’allonger sur notre divan (autre divan), pour inventer leur sens de la vie. On pense à leurs moments de découragements et d’espoir. On pense, à ceux qui nous quittent pour revenir plus tard, à ceux qui renoncent pour ne jamais revenir.

Il faut voir Oblomov à la Comédie Française pour tout cela, et pour dire un immense bravo à Volodia Serre, Guillaume Gallienne, Yves Gasc, Coraly Zahonero, Nicolas Lormeau (génial cette fois tout en retenue) Raphaèle Bouchard et Sebastien Pouderoux.

(©DRS)

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