La promotion 2017 de l’École d’art dramatique du Lucernaire, direction de Philippe Person, joue à partir du 10 juin, pendant plus de deux mois, Le Dindon de Georges Feydeau dans une adaptation de Philippe Person et une mise en scène de Philippe Person et Florence Le Corre. Le résultat est admirable, à la mesure du pari sacrement périlleux de monter Feydeau.
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Comme toujours chez Feydeau les couples se trompent ou du moins essayent, les hommes sont lâches et pitoyables et les femmes insupportables et/ou sadisantes. Deux épouses se promettent de prendre un amant si leurs maris les trompent et déjà les prétendants intriguent avec plus ou moins de succès et de conviction. La valse est lancée et les personnages entrent et sortent, entrent toujours par surprise. Le rythme est soutenu. Il y a une anglaise nymphomane, un anglais de Marseille, un majordome (incroyable Eric Julliard) truculent et un couple de touristes dont la femme sourde est déguisée en Minnie, invité par erreur dans le marivaudage général pour illustrer avec hilarité ce qu’est un couple qui ne s’entend pas.
Les codes du vaudeville sont, c’est une nécessité avant d’être une convention, poussés à l’extrême. La version réduite (1H20) de Philippe Person épouse les obligations incontournables du genre, sa vitesse et sa cadence. La pièce s’enrichit parfois d’un sous-texte, c’est nouveau et risqué en même temps que terriblement malin car ici cette version rompt avec les anachronismes d’une pièce écrite au début du siècle dernier. Il apporte une psychologisation malicieuse des personnages et de leurs relations. L’édifice du coup un peu secoué tient grâce au rythme et à l’harmonie de l’ensemble et grâce à la partition de chaque comédien. Aurélie Treilhou est en charge de lancer l’intrigue et son humour. elle s’en sort avec talent. Cécile Caubet invente une délicieuse anglaise exubérante. Nans Gourgousse est un Monsieur Rédillon attachant, Mathieu Bonnefont un phallo anglais aussi caricatural que conforme, Lucas Bottini le mari fataliste et souriant de la femme sourde, Chloé Philippe bidonnante, Ondine Savignac est une spectaculaire maîtresse femme, Richard- Jones-Davies pousse une proposition totalement réussie de Monsieur Vatelin et Alexandre Zelenkin est le dindon dans une opposition de jeu contributive avec le reste de la troupe. Nommons enfin les talentueuses Clémence Brend et Aurélie Maillot.
En un mot la pièce de la première promotion de l’École du lucernaire est une magnifique surprise et sera (elle devra partager ce titre avec la reprise de la Cantatrice Chauve au Belleville) la pièce de cet été avant, après ou en remplacement du OFF en Avignon.

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