Samedi 10 Novembre 20H00 Ivanov de Tchekhov à L’Athénée

Samedi 10 Novembre le 10 : Ivanov de Tchekhov.

mise en scène par le plus grand spécialiste dramatique de Tchekhov Christian Benedetti à l’Athénée Louis Jouvet. Christian Benedetti ne souhaite pas participer au bord de scène. Nous nous réunirons entre nous dans un lieu à définir.

Christian Benedetti poursuit son projet d’intégrale des pièces de Tchekhov débutée il y a sept ans avec La Mouette, puis La cerisaie dernièrement. Le cycle se terminera en 2020 avec Platonov.
Il se confronte à la première pièce du répertoire, peu avant La Mouette, d’un Tchekhov de 27 ans. Si la première version d’Ivanov est une comédie, c’est en 1888 que Tchekhov la soumet à une révision la transformant en drame. Elle sera appelée désormais Ivanov drame en quatre actes.
Benedetti s’empare de la première version. La comédie est souvent plus brutale que le drame. La différence entre comédie et drame ne réside pas dans le dénouement heureux ou malheureux, mais plutôt dans la présence ou l’absence de certains éléments satiriques en particulier l’antisémitisme grossier de Chabeslski atténué dans le drame. Benedetti, pourchassant l’origine de la comédie utilise pour sa traduction une version plus antérieure encore et non éditée où Ivanov meurt d’une crise cardiaque.
Dans cette entreprise de réécriture, il modifie le centre de gravité de la pièce et donne au personnage de Borkine violemment antisémite mais burlesque le statut de personnage central de l’intrigue. Le public attend chacune de ses apparitions comme on attend le Bouzin de Feydeau. La mise en scène est comme à chaque fois efficace et orientée vers le jeu des comédiens. Par la lecture très (trop?) littérale des pauses indiquées dans les didascalies les personnages se figent parfois. Les changements de décor, signature de Benedetti, sont exécutés par la troupe au complet et devant le public. La mécanique fonctionne.
On regrettera l’emploi façon Feydeau des portes au dernier acte. On accueille sceptique le sur-jeu de Borkine interprété par Christian Benedetti. La pièce souffre enfin des différences de talent entre les comédiens. Il n’empêche. Vincent Ozanon campe un merveilleux Ivanov mélancolique et au bord de la rupture. Il réussit admirablement la scène du raptus de son personnage insultant sa femme de youpine, lui le seul non antisémite. Et l’esprit de Tchekhov est magnifié; on retrouve ce qui fait la violence secrète de l’auteur russe et de son oeuvre : le constat du destin de l’homme toujours minable et toujours à se divertir à tout prix tout en marchant vers la mort. Et Benedetti, enfin, connait son Tchekhov. Aussi sa version, étrange mais peut être édifiante mérite d’être vue.

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