Dimanche 15 Septembre 2019 – Le Double de Dostoïevski au Ranelagh

Ecrit à 24 ans le deuxieme roman de Fiodor Dostoievsky Le Double relate l’histoire de Goliadkine, un petit fonctionnaire dans la Russie tsariste. Dans l’appareil d’état où les vies s’aliènent, un narrateur anonyme observe la lente dégradation psychique du personnage principal qui aboutira à l’émergence de la folie. Au début un simple malaise, sous la forme d’un doute, d’un unheimlich, puis s’installeront les ennemis imaginaires et le sentiment de persécution. Enfin, lors d’un bal donné pour fêter l’anniversaire de la très belle Clara (objet idéalisé) Goliadkine déclenche une psychose signée par l’apparition d’un double halluciné, métaphore délirante?. Nous nous demanderons si la scène du bal confronte Goliadkine à la jouissance de l’autre puis à la rencontre avec Un-père et révèle ainsi la forclusion du Nom-du Père.

 

Monsieur Goliadkine, paisible fonctionnaire de Pétersbourg, voit sa vie bouleversée par l’apparition d’un double de lui-même…

Après Faust de Goethe et Le Roman de Monsieur Molière de Boulgakov, Ronan Rivière et sa troupe s’emparent de ce roman de Dostoïevski. Une adaptation théâtrale pour la première fois en France, avec six comédiens et un pianiste sur scène.

Note d’intention de Ronan Rivière

« Le Double est un conte drolatique et poétique sur la confusion. Celle de Monsieur Goliadkine, discret fonctionnaire de Pétersbourg, et celle de ceux qui l’entourent. L’intérêt de l’œuvre est de semer le trouble entre le rêve et la réalité, entre le fantastique et la folie. C’est cela qui me plaît. D’extraire de cette nouvelle une pièce où l’on ne sait jamais qui est fou entre les personnages, les interprètes ou le public. Car le surnaturel fait heureusement partie de la vie. 
L’adaptation est libre, c’est mon écriture personnelle qui transpose le roman sur scène, oscillant entre des moments de confidence poétique et des dialogues secs et rapides, c’est mon style. Je m’appuie sur la trame de Dostoïevski, et m’inspire de l’univers de Gogol et des Nouvelles de Pétersbourg (notamment Le Nez, Le Manteau, et le Journal d’un fou). Il en ressort une comédie fantastique et poétique, avec six acteurs et un pianiste. Elle a pour ambition d’être drôle, active, troublante. »

Argument :

Être à la fois lui-même et l’autre est un thème présent depuis l’antiquité

Le Double est uneœuvre de jeunesse  de Dostoïevski, elle est peu connue car fut boudée par la critique. Ronan Rivière s’est saisi de ce roman imposant et singulier pour  l’adapter pour le théâtre au prix d’un travail que l’on imagine immense. Dans sa proposition, il incarne le personnage principal, Jacob Pétrovitch Goliadkine. Goliadkine fonctionnaire rigoureux dans la grande ville de Saint Pétersbourg aperçoit  alors qu’il se rend à son travail  son double. Croyant d’abord à une  hallucination il va découvrir que cet alter ego vient d’être embauché dans le même service que lui et que pour son malheur cet autre aspire à prendre sa place.

Le décor imaginé est modulable et amovible. Il sert au geste par sa parlante neutralité et par ses points de fuite qui figurent le hors champ. L’effet est édifiant car par ce décor se mélangent le privé et le public, l’intime et le collectif. Les ombres portées des personnages (lumières : Marc Augustin-Viguier) finissent de signer cette admirable écriture scénique; chacun serait il dans cet univers contraint et formaté, l’ombre de lui même. Ronan Rivière, au corps efflanqué et désarticulé semble traversé par le texte et par ses émotions mélange de grotesque et d’angoisse.  Michael Giorno-Cohen est spectaculaire en valet tandis que Laura Chetrit est parfaite en la belle Clara. le reste de la troupe est à l’unisson.

Trempé dans l’univers slave, le spectateur est captivé par le récit fantastique. Le texte de Dostoievski est magnifié par ce geste. Il est conseillé de venir et revenir assister à cette magnifique lecture scénique de ce roman riche et pluriel. La musique au piano (joué sur le plateau par Olivier Mazal) capitonne l’ensemble en habillant le trouble, l’ambiguïté et la pente paranoïaque du héros. C’est remarquable.

Freud :

Au début une hallucination : Goliadkine voit apparaître un double, une réplique de lui, comme dans un miroir. En regardant de plus près, il est plus jeune : on les désignera donc le jeune, et l’aîné. Toutefois toute le monde voit les deux personnages. Il ne s’agit plus d’une hallucination. On explore le dédoublement de la personnalité ou  le délire paranoïde avec délire de persécution : son double est apprécié tandis que toute sa hiérarchie le dénigre. Il est constamment dans la suspicion, et la sur-interprétation. L’état du fonctionnaire se dégrade. Il s’effondre.  Le moi est étriqué alors que les pulsions de vie s’expriment chez le double comme serait la construction analogique du ça, du moi et d’un surmoi figuré par le médecin ou par l’appareil de l’institution d’état?

 


Représentation suivie d’un débat animé par David Rofé-Sarfati. Tarif de notre collectif 20 euro au lieu de 32€.  Pour la réservation (vivement conseillée), appeler directement le théâtre au 01.42.88.64.44. En précisant  L’Autre Scène

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