Mercredi 6 Mai : Six personnages en quête d’auteur, de Luigi Pirandello, mise en scène Stéphane Braunschweig

La pièce est à découvrir ici

Au théâtre tout le monde ment ! 

Luigi Pirandello (1867-1936) publie la première version de ses Six personnages en quête d’auteur en 1921. Six personnages (le Père, la Mère, la Belle-Fille, le Fils, l’Adolescent et la Fille) infractent une répétition de théâtre. Sous le regard médusé des acteurs, ils expliquent être à la recherche de n’importe quel auteur qui pourrait leur fournir une incarnation, les rendre plus vrais. Stéphane Braunschweig voit dans Six personnages une des premières pièces à travailler sur la déconstruction de la fiction. Il a réécrit une partie du texte afin de réactusaliser le propos et de nettoyer les anachonismes. La pièce remet en cause le drame traditionnel par une mise en abimes. Pirandello démonte le fait théâtral. La logique de l’intrigue est elle aussi mise à mal : de la pièce (celle de niveau 1, l’objet de la pièce) , nous ne verrons que quelques fragments. Enfin, Pirandello met à mal l’intégrité des personnages : pas de psychologie chez ces créatures condamnées à revivre leur propre drame. Il ne restera que le texte.

Une famille de personnages à moitié créés, laissés en plan par leur auteur, fait irruption dans un théâtre en réclamant à cor et à cri d’exister.  À vrai dire, ils ne sont pas tous en quête d’auteur. Si deux d’entre eux réclament à cor et à cri d’être écrits, deux autres résistent farouchement à ce que leur intimité soit ainsi jetée en pâture ; quant aux deux enfants, ils restent muets : on comprend à la fin, avec stupeur, que ce sont… des morts.

Créée  en Avignon en 2012 et alors que Pirandello confrontait ses personnages  à une troupe de 1920, contemporaine de son écriture, Stéphane Braunschweig dans sons adaptation, a choisi d’adapter cet aspect de la pièce, et de faire entrer ces êtres fictifs, intemporels, au milieu d’une répétition d’aujourd’hui. Il met ainsi en cause l’illusion de la représentation, désormais acceptée par tous, pour exposer les questionnements et les doutes que se pose tout bon artisan du théâtre : à quoi sert de faire du théâtre aujourd’hui ?

Le prologue n’est donc pas de Pirandello. Cette scène inaugurale est un ajout qui recrée l’effet de surprise qu’a pu vivre le spectateur en 1921 devant un non-évènement, un non-spectacle. Braunschweig explique : D’abord, les six personnages vont arriver sur la scène d’un théâtre d’aujourd’hui. Ils vont interrompre un metteur en scène et quatre acteurs qui, dans une situation de crise, débattent sur ce qu’ils doivent faire : quels textes doit-on monter, qu’est-ce qu’on fait de la notion de personnage, y a-t-il ou non nécessité d’une fiction ?… En amont des répétitions, j’ai proposé aux acteurs réels d’improviser cette situation en y exprimant leurs propres questionnements et leurs propres doutes, ce qui m’a permis d’écrire un nouveau prologue. Avec naturellement pas mal d’auto-ironie dans la figure imaginée du metteur en scène… Ensuite j’ai réécrit aussi les parties où les personnages discutent de théâtre avec les acteurs, de manière à adapter ces échanges aux problématiques du théâtre contemporain.

Dans une lettre à sa soeur, Luigi Pirandello écrit : J’écris pour me détourner du désespoir. De ce désespoir Braunschweig écrit :  Visiblement, ces six personnages l’obsédaient puisqu’il a écrit cette pièce, puis plusieurs versions de cette pièce, et enfin un scénario. Comme s’il avait du mal à se séparer d’eux. Il y a certainement un rapport très intime et très secret entre l’auteur et ses personnages. On peut imaginer que l’écriture de la pièce l’ait soulagé du poids de ses fantasmes et que, en ce sens, la pièce accompagne un mouvement de sortie du désespoir. C’est peut-être ce dont témoigne l’humour jubilatoire qui la traverse de part en part.

Louis Jouvet écrivait qu’au théâtre tout le monde ment; l’acteur qui joue bien sûr mais le public aussi qui fait semblant d’y croire. C’est le texte et derrière lui l’auteur qui ne ment pas ; la seule vérité est celle du texte car celui qui l’a écrit (verbe au passé composé) n’est pas (à présent) sur scène. La pensée de l’auteur nous sert depuis un hors champ de tiers garant de la vérité  de première nécessité d’un sujet.  Pour Braunschweig, une mise en scène, c’est toujours un dialogue imaginaire avec un auteur.

 

photo : Christophe Raynaud de Lage

Jouvet, L. (2009). Le comédien désincarné (1954). Paris : Flammarion.

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