Critiques

Pater de Guillaume Buffard

Guillaume Buffard dans une adaptation très libre de la Bible tente avec humanité et tendresse de réparer sa famille.

La bible revisitée

La légende du non-sacrifice d’Isaac a servi de point de départ à l’écriture de ce spectacle. Guillaume Buffard et Jonathan Sansoz. ont voulu comprendre et mettre en question la double soumission présente dans le récit biblique : celle d’un père qui accepte de sacrifier l’amour qu’il a pour son propre fils en soumission à l’autorité de Dieu et celle d’un fils qui n’oppose aucune résistance par fidélité à son père.

Pater imagine les retrouvailles d’Isaac et d’Ismaël au 21e siècle. Les deux frères se retrouvent après des années d’absence au chevet de leur père. Des retrouvailles qui semblent tout d’abord impossibles : Isaac rêve de réconcilier une famille meurtrie ; Ismaël a la ferme intention de placer son père et son frère face à leurs responsabilités. Leurs attitudes face au pouvoir s’affrontent, leurs visions du monde s’entrechoquent.  

Deux frères aînés

La particularité de cette histoire réside dans le double droit d’aînesse. Par sa polygamie Abraham a deux fils aînés, deux concurrents, deux tendres adversaires, deux doubles. Guillaume Buffard ajoute un chapitre à la Bible. Il imagine une des deux mères, la première épouse, Sarah,  délivrant dans une lettre posthume une vérité, qui deviendra une vérité commune à Isaac et Ismaël. La mise en scène fluide s’axe autour du témoignage et de la rencontre entre deux hommes. Elle finit par la lecture de la lettre de Sarah deus ex machina cérémonial et de réconciliation.

On pourra regretter les libertés prises avec le texte, les mythes nous ouvriraient-ils droit à une réécriture? Il n’empêche l’utilisation de l’histoire altérée d’Abraham permet aux deux comédiens de pousser, sans arrogance, sans prétention et sans roublardise leur rêve, si contemporain et dans l’air du temps, d’un monde pacifié, car indifférencié où l’autre est le même.