Lisbeths et le 7 Octobre

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Merci à tou.te.s qui sont venu.es participer à cette soirée formidable autour de la pièce Lisbeth’s. Je vous laisse quelques éléments supplémentaires sur l’auteur, parce qu’il est plus judicieux à mon sens de découvrir ensuite. Fabrice Melquiot est écrivain, parolier, metteur en scène et performer. Il a publié une soixantaine de pièces de théâtre et des recueils de poésie. Il a été auteur associé à plusieurs théâtres et compagnies. On le connait à l’Autre Scène (.org) par son texte de Page en Construction commandé et mis en scène par Kheireddine Lardjam. Son travail a souvent été récompensé. Ses textes sont traduits dans une douzaine de langues et régulièrement représentés.

La pièce Lisbeth’s (titre original Lisbeths) pourra se résumer ainsi

Elle, Lisbeth, a fait irruption quand il n’attendait plus rien. Ils se sont décidés à faire un enfant. À La Rochelle, face à l’océan, dans un hôtel, ils vont faire l’amour toute la nuit. Elle est partie avant lui et l’attend sur le quai à la gare. Le TGV de Paris arrive, il descend. Il voit cette femme qui vient vers lui. Ce n’est plus Lisbeth, c’est une autre Lisbeth.  Elle est désormais une étrangère.

La pièce renferme deux moments, deux temps de magie de l’amour. Le moment de la surprise qui choisit l’autre, le moment d’une rencontre qui sidère l’un et l’autre et que les deux accueillent instinctivement. Ce moment créé une évidence. L’autre surprise, elle est vécue par l’homme Pietr. Il ne reconnaît plus Lisbeth. Lisbeth est renvoyée dans le flot interminable des étrangers.

Depuis le 7 octobre (ou plutôt depuis le 8 octobre, car, par savoir-vivre peut-être, l’antisémitisme furieux a su attendre une nuit avant de se déchainer en public) certains d’entre nous ont vécu plusieurs fois cette drôle de surprise de découvrir l’étrange et si familière espérance antisémite (parce qu’il s’agit d’un espoir) sur le visage de celui-ci ou de cet autre qui marchait avec nous dans notre chemin de vie. Sur le visage d’une patiente, d’un patient aussi.

Nous avons réagi un peu à la façon de Pietr. Les amours se sont évaporées, les transferts ont chuté. Puis, l’étrange et la sidération se sont évanouies, avec le reste. L’intrusion du réel du pogrom et le collage avéré du bourreau (le colon) et de la victime (la victime de la razzia) ont déçu cet espoir anti-juif et anti-sioniste d’un monde fantasmé qui tient sauf par la forclusion du peuple juif. La pulsion de mort s’est déverrouillé à en déborder. Le Juif doit mourir, que s’il ne meure pas.

Il y a de la fascination en ce peuple sûr de lui-même et dominateur (CDG) ; le 7 octobre en est devenu le prétexte (Olivier Faure). Il y a une fascination chez les islamistes et autres suppôts du terrorisme (LFI) dans le collage victime-bourreau (d’où la figure de l’attentat suicide). Les mésusages des mots génocides, massacres, apartheid, famine… réactive et alimente la fascination du collage.

Peu en finissent facilement du père protecteur et de sa menace à féminiser. Comme Pietr qui aurait bien voulu se faire battre par Lisbeth.

Que faire de nos anciens amis ?

Rien. Telle Lisbeth, ils ne deviendront qu’une réminiscence.

Que faire du collage bourreau-victime ?

Une blague juive.

Au début du 20e siècle, période d’immense famine en Russie, un magasin annonce que le lendemain, il recevra une livraison de denrées. Dès 6 heures du matin, la queue se forme devant les portes du grand magasin. A 6:30, des cosaques à cheval passent pour informer qu’il n’y aura pas de stock pour tout le monde. Les Juifs sont invités à rentrer chez eux. À 10:30 les mêmes cosaques viennent annoncer qu’il manquera vraiment de stock et que les familles sans enfants sont invitées à rentrer chez eux. À 16:30, l’attente est à son comble, les portes du magasin toujours closes. Des cosaques viennent prévenir que seuls les habitants du village dont la famille demeure depuis cinq générations seront servis. À 22:00, le cortège est épuisé, un seul cosaque passe pour informer qu’il n’y aura pas de livraison aujourd’hui. Les derniers clients sont invités à rentrer chez eux. Un des clients peste : ces sales Juifs, ils sont toujours prévenus avant tout le monde !

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