Véronique Boulanger est une émouvante Winnie dans «Oh les beaux jours» de Samuel Beckett

Pas facile de défendre la pièce en deux actes du Prix Nobel de littérature irlandais tant elle est joyeusement émouvante et si terriblement rude.  Véronique Boulanger réussit à restituer l’ensemble de l’équation beckettienne. C’est jouissif.

Une pièce hautement beckettienne

 La pièce raconte la fin de vie d’une femme, Winnie, qui s’enfonce dans un mamelon, sa future tombe, et qui, ensevelissement faisant, se raccroche aux petits détails de la vie du quotidien, tandis que le temps passe inexorablement. Véronique Boulanger magnifie le monologue triste d’une femme emportée par la vacuité de son existence et feignant de s’accrocher à une quotidienneté faussement essentielle. Willie, le mari (fantastique Jérome Keen) ne veut ne rien en savoir. Ainsi, Beckett livre une pièce foncièrement pessimiste avec une coquetterie du réel à la Henry Miller. Le temps passe inexorablement pour Winnie et Willie. Le sens de la vie tiendrait à l’évocation des souvenirs des beaux jours. Mais tient-il vraiment ?

Notre destin combustible

 Dans une partie du globe où tout est éloigné, où il fait très chaud, il y a cette femme enterrée jusqu’à la taille, et il y a cet homme, son compagnon (ou son mari ?), qui est là, près d’elle, à ramper pour se mettre à l’ombre de temps en temps. Il y a aussi un revolver toujours à proximité. Le texte de Beckett raconte ce qu’il ne dit pas : notre destin de mortel. Cependant, chacun comprendra. Nous marchons vers le bonheur des monotonies quotidiennes autant que vers l’anéantissement. Les deux personnages le savent, mais ne le disent. Les deux comédiens savent jouer ce non-dit. Notre finitude. Dans la voix profonde de Jérome Keen, nous entendons cet indicible.  Et dans la voix et le jeu faussement désinvoltes de Véronique Boulanger (qui est responsable aussi de la mise en scène) se dévoile l’impénétrable de nos existences. Un Beckett trop peu joué et à ne pas rater.

OH LES BEAUX JOURS

du 29 juin au 21 juillet à 14h45

au Palace 38 Cr Jean Jaurès, 84000 Avignon

(relâche les mercredis)

De Samuel Beckett

Avec Véronique Boulanger et Jérôme Keen

Mise en scène Véronique Boulanger


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