« Diari d’amore » de Natalia Ginzburg

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Nanni Moretti accompagne une troupe de comédiens italiens talentueux et s’empare de deux nouvelles truculentes de l’écrivaine italienne Natalia Ginzburg.

Pour sa première mise en scène de théâtre, le cinéaste multi-primé (Ours d’argent à Berlin en 1985 avec La messaè finitaDear Diary prix de la mise en scène à Cannes en 1993 et La stanzadel figlio, Palme d’or au Festival de Cannes en 2001) a choisi deux textes de Natalia Ginzburg, Fragola e panna (Fraise et crème) (1966) et Dialogo (1970).

Dans Dialogo un couple encore au lit à l’aube se réveille un matin, prépare sa journée comme à l’accoutumée. Francesco et Marta discutent des choses du quotidien jusqu’à ce que Marta révèle une vérité inattendue, une aventure amoureuse avec un ami de la famille. Le peu de réaction de Francesco en dit long sur ce qui circule entre les deux. Et sur l’humour de la situation.

Dans Fragola e panna, nous sommes dans la maison de campagne bourgeoise de Cesare, un avocat romain en voyage d’affaires, lorsque y débarque une jeune fille, Barbara, la maitresse de Cesare. Une fois encore, le silence des sentiments crée l’humour de situation.

Ce n’est pas une tragédie, c’est une farce. La vie est très avare en tragédies et nous offre à la place quantité de farce.

Si l’autrice aime jouer avec les valeurs chères à la bourgeoisie : mariage, fidélité, maternité, amitié, elle décrit aussi l’anesthésie des sentiments de ses contemporains, entre une désinhibition débordante, car désabusée et une futilité sinistre, dernière envie de vivre. Ironique, elle constate amusée la farce humaine.

Sa plume est féconde, parce qu’elle parvient à transformer en comédie des évènements de la vie des protagonistes qui seraient dans d’autres circonstances de véritables tragédies. Le verbe est cadencé, continu, abondant et en même temps, il dit peu, il s’égare dans les détails. Les êtres sont abattus pour toujours. Perdus.

Le défi de la pièce fut de restituer cet humour fabriqué par cette gourmandise à entendre les personnages clamer ce qui leur passe par la tête sans filtre, et presque sans intention. Il fallait rendre compte de cette spontanéité des mots dits sans mauvaise foi ni second degré.

Nanni Moretti a décidé un décor banal pour accueillir cette rafale de mots, ce bombardement de saillies. Les comédiens magnifiquement dirigés sont investis. Valerio Binasco, Daria Deflorian, Alessia Giuliani, Arianna Pozzoli, Giorgia Senesi saisissent la salle avec brio. Ils impressionnent. Les mots ne les traversent pas, ils émergent en eux pour les soutenir. Ils jouent de tout leur corps. Nous ne sommes pas chez Feydeau. Chez Ginzburg, les portes ne claquent pas, ce sont les mots qui frappent. Les protagonistes ne pourchassent pas le bonheur, mais un lâche repos. Le théâtre de Ginzburg (comme celui d’Emma Dante) est redoutable, car il nous renvoie comme peu à nous-mêmes. La vie est une farce !


Diari d’amore D’après ‘Fragola e panna’ et ‘Dialogo’ de Natalia Ginzburg – Mise en scène Nanni Moretti – Scénographie Sergio Tramonti – Lumière Pasquale Mari – Costumes Silvia Segoloni Surtitrage Monica Mele – Avec Valerio Binasco, Daria Deflorian, Alessia Giuliani, Arianna Pozzoli, Giorgia Senesi -Assistante à la mise en scène Martina Badiluzzi – Directrice de production et casting Gaia Silvestrini Crédit photo © Luigi de Palma. vu le 7 Juin 2024 à l’Athénée Louis Jouvet.


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