La pièce est magnifique. On le doit à Lisa Martino. On le doit aussi beaucoup au metteur en scène Nicolas Briançon, à Emeric Renard (vidéo) et Jean-Pascal Pracht (création lumière). Cette adaptation du roman d’Octave Mirbeau est admirable.
L’enfer social
Octave Mirbeau, romancier, journaliste, critique d’art, intellectuel subversif et pamphlétaire redouté, publie initialement Le Journal d’une femme de chambre dans l’Echo de Paris de 1891 à 1892 sous la forme d’un feuilleton. Il faudra attendre 1900 pour la sortie du roman retravaillé. Rédigé en pleine Affaire Dreyfus, dans un climat de conflit social et politique, le roman fait rupture. Il donne la parole à une servante pour condamner les mœurs de l’époque.
Le texte de Mirbeau est brillant ; il intimide par sa qualité littéraire, la puissance d’analyse de ses contemporains et son humour. Lisa Martino résiste à tout cela. La comédienne est prodigieuse dans ce seul en scène captivant, magnétique et sacrément édifiant.
L’auteur y dénonce avec une plume acerbe toute la médiocrité et les turpitudes d’une bourgeoisie minable, esclavagiste, hypocrite, cupide. À travers le regard de son héroïne, Mirbeau met en lumière la condition des employés de maison, exploités et humiliés par les nantis. D’une lucidité impitoyable, il dépeint les classes dominantes dans ce qu’il y a de plus nauséabond.
Célestine est habituée
Après une expérience désastreuse chez un vieux libidineux féru de bottines, Célestine est engagée chez les Lanlaire, un couple d’odieux bourgeois provinciaux. Madame est mauvaise, tyrannique et cupide. Monsieur est sinistre, frustré et soumis à Madame. Après avoir été soumise à la perversion fétichiste des bottines du libidineux, Célestine découvrira le fétichisme des objets très chers de la ménagère bourgeoise.
La chambrière fera la rencontre de Joseph, le cocher-jardinier, rustre, antisémite (autre fétichisme) et sadique. L’horrible personnage, soupçonné des crimes les plus atroces, offrira à Célestine un avenir de transfuges pires que leurs anciens maitres.
Une mise en scène somptueuse
Adapté à de nombreuses reprises au théâtre et au cinéma, Le Journal d’une femme de chambre est ici mis en scène par le brillant Nicolas Briançon. La scénographie incandescente et intimiste est au service de Lisa Martino qui restitue toute la beauté du texte puissant, humour compris. La comédienne nous tient en apnée.
Nous aurons un même plaisir par le texte de Mirbeau et par l’interprétation magnétique de Martino.
AVIGNON OFF 2024
du 29 juin au 21 juillet relâche les 1, 8, 15 juillet
10h30
Durée 1h20
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU)
le journal d’une femme de chambre
Metteur·se en scène : Nicolas Briançon
Administrateur·rice de production : Olivier Brillet
Costumes : Michel Dussarrat
Décorateur·rice : Bastien Forestier
Diffusion : Raphaèle Gambus, Pauline Heude
Comédien·ne : Lisa Martino
Attaché·e presse : Lynda Mihoub
Lumière : Jean-Pascal Pracht
Vidéo : Emeric Renard
Assistant·e de mise en scène : Elena TerentevaVisuel Affiche. Vu le 2 juillet 2024 au Chêne Noir, Avignon.
kjd


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