Giancarlo Marinelli façonne un magnifique fourreau pour la pièce ciselée du dramaturge Italien (et un peu Français!) Carlo Goldoni. Jouée pour la première fois à Venise en 1748, la comédie de cap, d’épée et d’intrigue amoureuse défendue en particulier par Sarah Biasini continue à faire rire.
La Veuve rusée (La vedova scaltra) est la première pièce écrite en italien qui reprend des éléments de la commedia dell’arte. Carlo Goldoni qui finira sa vie en France, grand admirateur de Molière, essaie là de critiquer les mœurs de ses contemporains. La pièce très drôle ne se réduit pas à sa dimension farcesque et grivoise. Elle est un manifeste pour la liberté des femmes, et pour la modernité.

Trois actes
Au premier acte, quatre prétendants rendent visite à une jeune et très belle veuve, au second, ils dépêchent leur valet Arlequin pour lui offrir des cadeaux. Au troisième, la veuve tend un piège à chacun pour confondre la sincérité de leur sentiment.

Rosaura, (envoutante Caterina Murino) rencontre quatre prétendants de nationalités différentes : Milord Runebif, l’anglais(tenu par l’épatant Pierre Rochefort), Monsieur Le Blau, le français (dynamique Vincent Desagnat), Don Alvaro de Castille, l’espagnol (solide Vincent Deniard) et le comte Bosco Nero, l’italien (élégant Thierry Harcourt). Chacun d’eux la courtise par le truchement d’Arlequin (Tom Leeb est absolument prodigieux de puissance comique).
Mais Rosaura est indécise. Aidée de sa dame de compagnie Marionnette (formidable Sarah Biasini), elle réfléchit à un stratagème pour faire son choix.
Sa manigance sera joyeuse.

Une génération
Le décor artistique en perpétuel mouvement, les costumes magnifiques et le subtil habillage musical offre un écrin à la farce. La peinture acide de la nature humaine est jubilatoire.
La critique sociale reste pertinente deux siècles et demi plus tard. Le périple de cette femme indépendante qui décide de sa vie sociale et de ses abandons amoureux navigue entre les récifs de la misogynie, de l’inconséquence libidineuse des hommes, de la vantardise virile ou encore du venin de la rivalité masculine.

La troupe est remarquable. Chacun joue sa partition à merveille. Une génération de talents. Autour de la divine Caterina Murino, Sarah Biasini (fille de Romy Schneider), Vincent Deniard, Vincent Desagnat, Thierry Harcourt, Tom Leeb (fils de Michel Leeb), Pierre Rochefort (fils de Jean Rochefort et de Nicole Garcia), plantent avec pétulance la comédie de Goldoni dans notre siècle.
À voir d’abord pour le plaisir
Adaptation et mise en scène : Giancarlo Marinelli
Avec : Caterina Murino, Sarah Biasini, Vincent Deniard, Vincent Desagnat, Thierry Harcourt, Tom Leeb , Pierre Rochefort, et l’amicale participation vocale de Jean Reno.
Co-production franco-italienne : Teatro Quirino Roma, Compagnia Moliere
Son et projections-vidéo : Francesco Lopergolo
Scénographie : Fabiana Di Marco
Costumes : Atelier vénitien de Stefano Nicolao
Lumières : Didier Brun
Traduction : Valerio Zaina
Assistante mise en scène : Aline GaillotCrédit photo Affiche + ©Béatrice Livet
vu le 15 septembre au Théâtre des Bouffes Parisiens


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