« Contre » est une histoire d’un couple d’artistes dans les années 60. C’est aussi une histoire d’un couple fantasque et harmonieusement dysharmonique. C’est l’histoire vue par Constance Meyer, Agathe Payrard et Sébastien Pouderoux du couple mythique John Cassavetes et de Gena Rowlands . « Contre » est un voyage au pays de la création et de l’amour.
Un bio fidèle, mais pas seulement.
« Contre » parce que Cassavetes s’est construit en colère comme un opposant. Il s’est tenu contre. La pièce raconte aussi deux êtres lumineux collés l’un contre l’autre.
La pièce n’est pas un biopic. Elle ne se constitue pas en une fiche Wikipédia dépliée sur scène. Tant mieux ! Elle documente l’artiste Cassavetes, génial, rétif et souvent de mauvaise foi, dont l’œuvre novatrice aura payé, de son vivant, le prix de sa marginalité. Un mari sadisant, manipulateur et tout contre lui, Gena Rowlands, créatrice d’un style de jeu moderne, qui a su imposer des personnages féminins à la frontière entre la normalité et la folie.

Le biais invente une jolie façon d’écrire une bio : vivante, exclusive, personnelle.
Sébastien Pouderoux est Cassavetes en restant Pouderoux. Marina Hands est une formidable Gena Rowlands ; elle interprète sa Gena Rowlands sans nous priver de notre Marina Hands.
Dans un décor beau et animé, la pièce s’architecture d’une série d’anecdotes pour un édifice diachronique et multicouches. Subtilement rythmée, elle nous embarque pour trois mondes : un débat télévisé à la manière de l’émission Le masque et la plume, le quotidien ordinaire d’un couple pas ordinaire et une enquête policière à l’odeur d’un tribunal pour l’histoire.
Une valse entre l’individuel et le collectif
c’est facile de parler de soi lorsqu’on invente.
La pièce forme une apologie de la recherche (vaine ?) de la vérité. Elle explore les difficultés inhérentes à la fabrication d’une œuvre et son cousinage avec l’anticonformisme. . Elle est une valse entre un créateur et son public, entre un individu et la société. Dominique Blanc est merveilleuse d’humour. Nicolas Chupin campe un Peter Falk drôle et attachant tandis que les comédiens de l’académie de la Comédie-Française, Rachel Collignon, Blanche Sottou, Antoine Prud’homme de la Boussinière, confirment la force de leur talent et l’excellence de leur formation. En même temps, et il faut se précipiter au Vieux Colombier, « Contre » nous offre une réflexion intense sur la création et l’académisme. Épatant !
Contre
de Constance Meyer, Agathe Peyrard et Sébastien Pouderoux
d’après la vie et l’œuvre de John Cassavetes et Gena Rowlands
mise en scène Constance Meyer et Sébastien Pouderoux.Vu en septembre 2024. Crédit Photos Christophe Raynaud de Lage



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