Découvert au Théâtre National de Bordeaux Aquitaine, direction Fanny de Chaillé, lors du festival du FAB, la pièce chantée Mothers est un coup de poing à l’estomac tristement nécessaire.
Le FAB
Créé en 2016, le FAB est un festival des écritures contemporaines sous toutes leurs formes d’expression – performance, danse, théâtre, musique, arts visuels, faisant la part belle aux démarches hybrides et inclassables. Condensé d’actualité artistique, il a investi pour trois semaines la plupart des salles de l’espace public de Bordeaux et sa Métropole. Le public a pu y voir des premières françaises, créations, commandes in situ et inédits en tout genre d’artistes internationaux (2/3 de la programmation) 1cette année les représailles israéliennes contre le Hezbollah a conduit les autorités aéroportuaires à fermer le seul aéroport international du Liban ce qui a privé le public du FAB des artistes libanais programmés alors que durement touchés par la crise de 2021 avec l’explosion d’un camion-citerne dans le district d’Akkar qui a tué des dizaines de personnes et les affrontements entre le Hezbollah et le mouvement Amal et de Nouvelle-Aquitaine (1/3 de la programmation). Cette année, le public est au rendez-vous, une fois encore.
Un cri
Dans la grande salle Vitez du TNBA, le public en apnée durant la représentation s’est dressé d’une seule vibration pour applaudir à tout rompre. Créée au festival d’Avignon dans la cour d’honneur du palais des Papes, Mothers, A Song for Wartime 2Les mères, un chant pour temps de guerre, a buriné les esprits. Programmé ce mois-ci au Théâtre national de Bordeaux, elle sera présentée au Rond-Point à Paris puis au TNP Villeurbanne.
Mothers A Song for Wartime est une réaction directe à la guerre. Partout autour de nous, aux portes de l’Europe ou loin de ses frontières, le fracas incessant des armes recouvre les voix des victimes. À ce vacarme, la metteuse en scène polonaise Marta Górnicka veut opposer le chant puissant du chœur.
Vingt-et-une femmes ukrainiennes, biélorusses et polonaises font résonner leur voix comme une énergie vitale contre les forces de la mort.

Lessia Oukraïnk
Elles clament des lambeaux de poèmes de la poétesse ukrainienne Lessia Oukraïnk, des extraits de Sophocle et Euripide ; elles entonnent des chtchedryvkas, chansons traditionnelles. Au sein d’un chœur antique, comme antérieur au théâtre lui-même, elles crient, martelant les traumas, tapant des pieds la quête d’espoir.
Chacune se présente, raconte son parcours, fait entendre sa plainte.
Je n’ai plus ni bonheur ni liberté
Une seule espérance m’est restée :
Revenir un jour dans ma belle Ukraine,
Revoir une fois ma terre lointaine,
Contempler encore le Dniepr si bleu
— Y vivre ou mourir importe bien peu –,
Revoir une fois les tertres, les plaines,
Et brûler au feu des pensées anciennes…
Je n’ai plus ni bonheur ni liberté,
Une seule espérance m’est restée.Lessia Oukraïnk 1880
L’ensemble est beau, puissant et musicalement réussi. Reste que l’absence de médiation et la présence d’une enfant de douze ans sur scène interrogent.

Incantatoires, elles réclament la fin du conflit. En transparence, le voyeurisme d’un public appelé à se sentir coupable et la primauté donnée à la récrimination.
We came to battle baby
Nous sommes venus pour combattre bébé
We came to win the war
Nous sommes venues gagner la guerre
We won’t surrender
Nous ne nous rendrons pas
Till we get what we’re lookin for
Tant que nous n’avons pas ce que nous cherchons
We’re blowing out our speakers
Nous explosons vos hauts-parleursDakh Daughters
Déjà les Dakh Daughters nous interpellaient, mais combien leur poésie étaient autrement combative.
À juger par soi-même.
Conception et mise en scène : Marta Górnicka
Avec : Liza Kozlova, Palina Dabravoĺskaja, Svitlana Onischak, Kateryna Taran, Svitlana Berestovska, Vidana Blonska, Sasha Cherkas, Yuliia Ridna, Natalia Mazur, Aleksandra Sroka, Katarzyna Jaźnicka, Bohdana Zazhytska, Anastasiia Kulinich, Hanna Mykhailova, Katerina Aleinikova, Elena Zui-Voitekhovskaya, Kamila Michalska, Maria Robaszkiewicz, Polina Shkliar, Volha Kalakoltsava
Livret : Marta Górnicka et ensemble (ukrainiens, biélorusses, polonais)
Musique : Marta Górnicka
Musique traditionnelle ukrainienne, biélorusse et polonaise et citation de Shchedryk de : Mykola Leontovych
Chorégraphie : Evelin Facchini
Scénographie : Robert Rumas
Costumes : Joanna Załęska
Collaboration musicale : Wojciech Frycz


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