En voyage en Argentine, le président français rendra cette semaine un hommage à la vingtaine de Français disparus et assassinés sous la dictature militaire argentine durant les années 70. Télescopage : le théâtre de la Bastille programme une pièce documentaire captivante évoquant une de ces disparitions.


Desaparecido

Les dictatures majoritairement communistes sont nombreuses dans le monde encore aujourd’hui. Elles pratiquent toutes les disparitions et les embastillages arbitraires. La dictature militaire en Argentine fut d’extrême droite et national-catholique ; elle fit en moins de 15 ans près de 30 000 disparus, 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques. Malgré sa chute en 83, le traumatisme des disparus ne peut s’éteindre. Le quai d’Orsay publiait cette semaine : qu’en privant les proches des personnes disparues de connaître la vérité sur ce qui s’est passé, ces pratiques entravent leur quête de justice et laissent les auteurs bénéficier d’une impunité inacceptable.

La douleur ronge encore les âmes.

Une belle communion

Le seul en scène est d’abord une rencontre avec Marcial DI Fonzo Bo qui défend le texte de Davide Carnevali. Suivant la voie du théâtre documentaire, la pièce nous propose de partager, par une fausse fiction, la disparition d’un artiste. La fiction (est-elle une fiction ?) est celle d’un appartement mystérieux, dont un homme hérite en Argentine, propriété d’un parent présumé. Plusieurs fantômes dialoguent à travers les époques et les continents, celui d’un compositeur juif disparu à Paris dans les années 40 et celui d’un musicien, dissident politique sous la dictature argentine. 

Le traumatisme parcourt la salle. Notre indignation aussi ; nous pensons aux disparitions forcées, tortures et autres mauvais traitements de nationaux ou d’étrangers en Iran ou ailleurs.

Marcial DI Fonzo Bo s’adresse à nous à la façon d’un témoin malgré lui. Le biais malicieux choisi par l’auteur réside dans cette inadvertance qui nous mobilise. Puisque les faits sont révolus, la geste se conclut en une muséographie des faits historiques qui finira par impliquer le public dans une communion enchantée.

La pièce salutaire et fraternelle est indispensable.



Texte et mise en scène Davide Carnevali
Traduction de l’italien Caroline Michel
Avec Marcial Di Fonzo Bo
Scénographie Charlotte Pistorius
Lumières Luigi Biondi
Musique originale Gianluca Misiti
Assistante à la mise en scène
Manuela Beltrán Marulanda
Régie générale et plateau Vincent Bedouet
Régie son et vidéo Loïc Le Bris

Crédit photo Victor Tonelli

vu le 16 novembre 2024 au Théâtre Bastille


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