Stéphane Cottin exploite son art abouti du théâtre pour personnifier dans une parabole historique lumineuse l’énigme vertigineuse du genre humain : la différence des sexes est poésie.
Jeffrey Hatcher dramaturge américain contemporain, s’est inspiré de la vie et des déboires d’Edward Kynaston 1La pièce ‘Compleat Female Stage Beauty ‘ fut adaptée au cinéma en 2004 par Richard Eyre ‘ Belles de scène’, sortie en 2005 en France..
Nous sommes à Londres en 1661. Les théâtres ouvrent à nouveau après 18 années d’une fermeture imposée par la révolution puritaine. Toutefois, les femmes ne sont toujours pas autorisées à monter sur les planches. Edward Kynaston s’illustre pour ces rôles de femmes. Interprète incontesté des héroïnes de Shakespeare, il est une Desdémone légendaire. Coqueluche de tout Londres il ne vit que pour son art. Sa jeune habilleuse, Maria, va oser jouer le rôle de Desdémone dans un théâtre concurrent. Le roi Charles II influencé par sa maitresse Nell et par l’audace de Maria, ouvre alors droit aux femmes de monter sur scène. Dans le même geste autocratique, il interdit aux hommes de jouer des rôles féminins. Pour Edward Kynaston, c’est la catastrophe, son monde s’écroule.
L’intrigue, magnifiée en tension par le dispositif en abyme du théâtre dans le théâtre, est menée sous forme d’épisodes tragi-comiques. Chaque scène défendue par une troupe extrêmement talentueuse est un bonheur d’humour et de jeu. Les moments de grâce sont nombreux.
Les affrontements entre la comédienne et le comédien autour du rôle de Desdémone sont savoureux.
Ainsi, l’expérience spectateur s’enrichit d’une autre mise en abyme, celle de la question irrésolue de l’altérité des sexes. Les personnages de théâtre faisant face à leurs interprètes rappellent nos faux semblants artificiellement genrés. Vincent Heden (formidable comédien) réussit à déplier avec finesse et humour les simagrées viriles face aux mascarades féminines. Nous voyageons par son truchement entre les deux pôles, sans jamais accoster vraiment. Son talent donne corps et voix aux incertitudes. Il sait vaciller et nous faire vaciller dans le trouble du genre tout en restant solidement accroché à la poésie du genre humain qui est l’irréfragable controverse du féminin-masculin.
Une pièce précieuse sur l’altérité.
Belles de scènes de Jeffrey Hatcher. Adaptation : Agnès Boury, Vincent Heden et Stéphane Cottin / Mise en scène et scénographie : Stéphane Cottin / / Musique : Cyril Giroux / Costumes : Chouchane Abello Tcherpachian. Lumière : Moïse Hill / Assistante à la mise en scène : Victoire Berger Perrin
Crédit photo ©CyrilleVALROFF
vu le 6 décembre 2024 aux gémeaux parisiens


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