Jean-René Lemoine après le formidable Face à la mère se saisit cette fois d’un texte classique. Sa lecture alternative de la pièce de Racine, fournit une version ado du couple Bérénice Titus, et consacre un plaisir brut du texte.
Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu’on croyait, lui avait promis de l’épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire.

Selon l’histoire vraie qui a inspiré Racine, Bérénice devient la maîtresse de Titus pendant qu’il commande les légions romaines en Galilée et qu’il écrase la révolte juive de 66 – 70. À la mort de son père, il devient empereur. Sous la pression de la rue romaine il s’oblige a renvoyer chez son frère en Palestine (nom donné à la Judée par l’envahisseur romain) celle qui l’avait rejoint à Rome, la belle Bérénice.
S’ajoute à cette intrigue amoureuse, le personnage d’Antiochus, roi de Commagène, ami proche de Titus, secrètement amoureux de Bérénice. Lorsque Titus décide de renoncer à prendre Bérénice pour femme, il envoie Antiochus annoncer la nouvelle à la reine. Celle-ci, sachant désormais les sentiments que l’ami de Titus nourrit pour elle, croit à un mensonge. Titus viendra confirmer qu’il ne l’épousera pas, tout en la suppliant de demeurer à son côté. Bérénice par une grandeur qui fascine, refuse.

Cette romance amoureuse est célèbre. Elle a donné tant de versions, de revisitations, d’adaptations, de recensions et de critiques. La proposition de Lemoine vient se sédimenter sur cet empilement patrimonial.
Seuls dans le vide.
Classiquement, la tragédie construite par le génie de Racine est une tragédie de la verticalité. Bérénice est une pièce de la tierce personne. Elle est un enchevêtrement de duos + 1, de triangles où le tiers, alternativement Antiochus, Arsace, Phénice ou Paulin, observe, soutient, stabilise l’édifice et juge.Hors champ il y a Rome ce tiers qui refuse l’union de Titus avec Bérénice.

Jean-René Lemoine balaie le politique ; il préfère la dissection des amours aux intrigues de palais ou aux enjeux géopolitiques entre le colonisateur romain et sa colonisée. Il s’autorise la liberté de donner à Bérénice les traits d’une adolescente.
‘Bérénice est pour moi le récit de l’ abolition de l’amour’ Lemoine.
Lemoine se concentre sur l’amour avec un réalisme et une sincérité soutenus. Le metteur veut tout en savoir et nous offre à entendre ce quelque chose qui circule entre les trois protagonistes de ce mystère de l’amour, de cette passion. Il gomme la verticalité et crée un vide absolu où résonnent les magnifiques alexandrins. Les êtres vivent seuls ce qui brule leur âme. Les corps sont aphones ; les voix se font mieux entendre.
Le résultat est tout a fait merveilleux et édifiant. A la faveur de ce vaste vide, par la grâce de formidables comédiens en particulier Jean- Christophe (Titus) et Marine Gramond (Bérénice, et par la beauté du texte de Racine et par sa force irréfragable, la proposition de Jean-René Lemoine compte.
Bérénice
de Jean Racine
Mise en scène Jean-René Lemoine
Avec Marine Gramond, Jean-Christophe Folly, Alexandre Gonin, Nicole Dogué, Jan Hammenecker, Marc Barbé, Jean-René Lemoine
Dramaturgie Laure Bachelier-Mazon
Scénographie Christophe Ouvrard
Lumières François Menou
Son Xavier Jacquot
Costumes Clément Desoutter
Assistanat aux costumes Lisa Renaud
Assistanat mise en scène David Duverseau
Visuel : © Alexis Cordesse
Maison de la Culture d’Amiensdu 14 au 16 janvier 2025
TANDEM Douai-Arras, Scène nationaledu 21 au 24 janvier
Le Phénix, Scène nationale de Valenciennesles 30 et 31 Janvier
La comédie de Béthune du 4 au 6 février
Théâtre National de Bretagne, Rennesdu 4 au 8 Mars
Le Quai, Centre dramatique national d’Angersles 2 et 3 avril
Le Dôme Théâtre, Albertvillele 15 avril
Théâtre du Nord, CDN de Lilledu 22 au 25 avril
Le Foirail, Paules 13 et 14 mai


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