Alice Schwab est une grande autrice doublée d’une metteuse en scène surprenante. Sa deuxième pièce, les plaines de la Calamité, jusqu’au 3 mai à la Reine Blanche Paris, est un bonheur de Théâtre.


Elle lui avait demandé de venir en costume — elle pensait bien sûr à un costume-cravate. Il est arrivé, lui, déguisé en cow-boy. Et déjà, elle se demande si elle a fait le bon choix, non seulement pour sa vie, mais aussi pour ce moment très particulier : ce repas de retrouvailles, après de longues années de séparation, un repas de famille où quelque chose va se jouer, dans une atmosphère aussi tendue qu’absurde.

Comme glissés sans prévenir dans un quotidien détraqué, nous voilà au cœur d’une famille dysfonctionnelle, hantée par une présence étrange — un fantôme, mais un fantôme bien vivant. Ce spectre-là, c’est celui du père, figuré sous forme d’une marionnette, à la fois inquiétant et inoffensif. À travers ce pantin, se rejoue une histoire intime et collective, où les tensions accumulées viennent sourdre en arrière-plan. Et viendra l’inceste, point d’orgue des nombreuses condensations.

Toutefois, malgré la noirceur, le spectacle irradie d’une vitalité folle. Il y a là une énergie, un optimisme, une espérance farouche de vivre. La mise en scène, foisonnante et spectaculaire, ne cesse d’étonner. La bande-son et la création lumière prolongent ce que le texte initie : cette sensation étrange d’un frottement entre le familier et l’inconnu, entre l’intime et l’universel. Parfois le foutraque émerge comme un cadeau supplémentaire. Pour finir, nous accédons à cette notion chère à la psychanalyse : la familière étrangeté.

C’est tout simplement bluffant. Les comédiens sont remarquables dans ce jeu aigre-doux. Et Laurence Côte qui compose une mère courage frénétiquement occupée à faire tenir un édifice qui se délite est un phénomène de justesse.

L’issue sera âpre, mais libératrice. Il nous restera un sourire et la poésie d’Alice Schwab.


Texte et mise en scène : Alice Schwab
Jeu : Marine Arena- Laurence Cote – Rémi Giordan – Noé Hermelin – Marie Narbonne – Leonor Oberson / Romane de Stabenrath (alternance)
une marionnette

Intentions chorégraphiques : Lilou-Magali Robert
Scénographie : Angèle Prédan – Alice Schwab – participation de Jean Berneaux
Costumes :Louise Depardieu, Temuleen Nyamdorj
et Caroline Schwab
Marionnettes : Caroline Schwab – atelier cinq à 10
Création sonore : Clément Ferrigno
Création lumière : Zoé Ritchie

vu le 14 avril à la Reine Blanche, Paris

Soyez le premier à lire nos critiques et contributions

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

En savoir plus sur L'Autre Scène (.ORG)

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture