Maryse Estier a decidé de lancer l’intrigue du Dindon dans la salle de bain des Vatelin, bourgeois désormais genevois. La metteuse en scène opte pour une poilade maîtrisée et y emmène tous ses comédiens. Un régal.

Poursuivie par un admirateur un brin trop pressant, Lucienne Vatelin (Mariama Sylla), épouse d’un notaire des plus respectables, trouve refuge non dans un salon cossu mais dans une salle de bain élégante. L’importun, loin d’être un inconnu, n’est autre que Pontagnac (David Casada), vieux camarade de son mari Crépin (David Gobert) et incorrigible coureur de jupons. Habitué à ce qu’on lui cède, il ne recule devant rien : plutôt que de sonner à la porte, il choisit une entrée pour le moins inattendue… il émerge de la lunette des toilettes de la salle de bain !

Maryse Estier embrasse pleinement les codes du vaudeville, car chez Feydeau, la situation frôle sans cesse l’absurde. Et : Lucienne, pourtant vertueuse, n’accepte de céder aux avances de Pontagnac qu’à la seule condition que son mari la trompe en premier. Et encore : Vatelin, irréprochable en apparence, cache une ancienne aventure avec une certaine Maggy, une Anglaise fougueuse qui débarque à Genève avec la ferme intention de raviver la passion.

La situation dégénère en un enchaînement de malentendus, de portes qui claquent et de rebondissements absurdes, notamment dans un hôtel où se croisent tous les personnages. À la fin, les apparences tombent, les tromperies sont révélées, et le vrai “dindon” de la farce – celui que l’on croyait prédateur – se retrouve puni de ses ambitions.

Le tourbillon comique est orchestré avec brio par Maryse Estier et sa troupe, qui manient l’art du tempo et de la rupture avec une virtuosité réjouissante. Chez Feydeau, le rythme est une mécanique d’orfèvre, réglée à la seconde près – et lorsque tout s’enchaîne avec justesse, les rires éclatent sans interruption, chaque scène rebondissant avec une énergie et une précision délicieusement contagieuses.

Le Dindon version Estier est un Feydeau résolument ancré dans son époque. Menée tambour battant, la pièce est une joyeuse et vive satire féministe de la bourgeoisie et des relations conjugales. Nul n’est épargné. Personne n’est innocent, et le ridicule (et le rire!) finit toujours par triompher.


Le dindon de Feydeau

Adaptation et dramaturgie de Maryse Estier et Clémence Longy
Mise en scène de Maryse Estier
Avec Nicolas Avinée (Ernest Rédillon), David Casada (Edmond Pontagnac), Marie Druc (Armandine, Mme Pinchard, Augustine), Dylan Ferreux (Narcisse Soldignac, Victor, Commissaire de l’Acte III), David Gobet (Crépin Vatelin, Premier commissaire de l’Acte II), Capucine Lhemanne (Clotilde Pontagnac, Clara), Clémence Longy (Maggy Soldignac), Mariama Sylla (Lucienne Vatelin, Deuxième commissaire de l’Acte II)

Assistanat à la mise en scène dans le cadre du projet Transmission – Adrien Zumthor
Scénographie et lumières de Lucien Valle
Son de John Kaced
Costumes de Clément Vachelard
Chorégraphie et combats – Pavel Jancik
Accessoires- Cam Ha Ly Chardonnens
Maquillages et perruques d’Emmanuelle Olivet Pellegrin
Coiffures de Fadila Adli
Couture – Verena Dubach, Cécile Vercaemer-Ingles
Construction décor – Marc Borel, Tom Foutel, Christophe Reichel, Grégoire de Saint Sauveur, Le Ratelier – JM Mathey & Lucien Mozer
Peinture décor – Éric Vuille


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