Au Théâtre de l’Atelier, Hortense Belhôte livre avec 1664 une conférence spectaculaire qui n’a de savant que l’intelligence, et de spectaculaire que la grâce. Fidèle à sa manière, l’historienne-performeuse conjugue érudition, humour et pop culture pour mieux secouer la poussière des manuels scolaires.
Pourquoi 1664 ? L’année d’une bière, bien sûr, mais surtout celle où Louis XIV assoit son pouvoir absolu en organisant la fastueuse fête des “Plaisirs de l’île enchantée”. Belhôte, seule en scène, retrace avec jubilation cette séquence historique où se croisent colonisation, propagande monarchique et théâtre de cour. Mais ici, point de révérence : elle déboulonne les symboles avec une énergie mutine et une verve d’anthropologue punk.
Le plateau est nu, ou presque : un vidéoprojecteur, quelques accessoires, un micro. L’essentiel est ailleurs : dans la manière qu’a Belhôte de passer du passé au présent, de convoquer Molière comme Beyoncé, Fouquet comme Freud, le tout sans jamais perdre le fil d’un récit fluide, vif, désarmant d’intelligence.
On rit de bon cœur mais avec un rire aussi politique. Car sous la légèreté perce un propos acéré : une critique de l’héritage colonial, du patriarcat monarchique, de la fabrique de l’Histoire par les vainqueurs.
Dans cette parole incarnée, libre, réside toute la pertinence du geste artistique d’Hortense Belhôte : elle ne “joue” pas l’histoire, elle la met en crise, la froisse, la féminise, la décape. C’est épatant.
Notons qu’elle s’est amusée à créer son spectacle avec la complicité de Mickaël Delis dont on connaît le talent.
Un spectacle salutaire, drôle, radical dans sa douceur, qui prouve qu’il est possible de conjuguer savoir et plaisir de scène.
À voir absolument.
Conception et interprétation Hortense Belhôte
Chant et créations musicales Lou Cantor, Béatrice Massin, Mickaël Delis, Mathieu Grenier, Chloé Lamiable
Production, diffusion, administration
Fabrik Cassiopée – Manon Crochemore & Mathilde Lalanne
Photographie © Hortense Belhôte et Léonore Gautier

