dans la suite du bord plateau Les petits chevaux, lebensborn, nous recevons un court mais intense texte de notre ami Georges Zimra.
Quelques réflexions sur la pièce de théâtre les petits chevaux
Qu’est-ce qu’un enfant naturel ? qu’est ce qu’un enfant selon la nature ? voilà, brièvement résumée la problématique de cette pièce. Un enfant naturel, une fille-mère, disait-on, il y a encore quelques années, est un enfant illégitime, bâtard, né hors mariage. Le père est absent, mais là. Cet enfant se construit dans le regard que la mère en a gardé, ses souvenirs, ses mots, sa rencontre, son désir. L’enfant selon la nature, celui qui nous intéresse dans les lebensborn, est un enfant issu de la nature de l’homme, de ses supposées lois biologiques, semblable en cela à l’immortelle âme allemande, à sa nature, ses paysages, ses forêts, ses montagnes, ses sources.
Parce que pour Hitler la nature ne ment pas. Il ne s’agit pas de construire un homme nouveau mais de retrouver une origine pure, une origine perdue, détruite par le mélange des races et de cultures qui ont souillé la terre, qu’il s’agit de régénérer par l’extermination des races inférieures et la régénération de la race aryenne. Le père ici, il n’y en a pas, parce que le véritable père est celui de l’idéologie nazie, Arendt parle de l’idéologie comme la logique d’une idée. Ce qui féconde la mère, ce sont les signifiants de la race, ni ceux de la génitrice ni ceux du géniteur, mais ceux du calcul et de la norme où se dissout toute singularité, où s’efface toute subjectivité pour une conception zoologique du monde. Ce sont l des enfants nés sans nom le plus souvent. Au nom de Hitler. Hortense est éblouie par cet instant où elle voit sa mère pour la première fois, comme descendue du ciel, Angélique fait une apparition et s’en va. Comme tous les anges, elle n’a qu’un prénom, mais que vient-elle annoncer ? De cette apparition, ombilic de mémoire, Hortense doit construire des morceaux de mère avec des lambeaux de mots, dont la généalogie trouée, tient sa propre fille captive d’une aménorrhée, grossesse infinie, mémoire d’oubli. Un enfant qui ne vient pas. Qu’en est-il du père d’Hortense ? Un nazi. Un nazi, ça ne fait pas père, parce que rien du désir n’est risqué. Mais tout de l’idéologie. On ne peut pas en dire autant pour la sœur d’Hortense, car ce nazi a été pour elle un père. Elle peut en parler, se dresser contre lui, l’aimer ou le détester, et même coup de pied de l’âne…lui en balancer un dans les parties. Tout un programme. C’est un père parce que sorti de l’idéologie, au moins en partie, il retrouve la singularité de son destin, de son nom, de sa transmission.
Ce qui reste d’un homme après sa mort, c’est son nom. Nés sans nom, les enfants du lebensborn restent en quête d’un nom, d’un visage, d’une humanité. C’est le nom qui est célébré chaque année devant le mur de la shoah, c’est le nom qui donne visage, sépulture.



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