LE NOM (à propos de la pièce Les petits Chevaux, Lebensborn)

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dans la suite du bord plateau Les petits chevaux, lebensborn, nous recevons un court mais intense texte de notre ami Georges Zimra. Georges Zimra est psychiatre, psychanalyste, il exerce à Paris et est l’auteur de plusieurs ouvrages. Il dirige depuis plusieurs années un séminaire sur l’hypermodernité. Signalons son dernier ouvrage le sexe évadé. La différence des sexes a institué le patriarcat comme la forme d’une domination théologico-politique, phallocentrique, principe de gouvernement et de contrôle des corps et des sexes. Invariant anthropologique, pour certains, histoire évolutive des normes, pour d’autres, la psychanalyse s’est écartée des évolutions et des normes, des fonctions et fictions sexuelles qui s’y rapportent, pour un ordre du discours et des signifiants qui inscrivent le « parlêtre » dans ses modes singuliers de jouissance. En ce sens, le sexe est un évadé de la langue, un évadé du réel, des conformismes et des assignations. Il appelle à penser une altérité irréductible, incommensurable. La vérité du sexe ne se réduit pas au « vrai sexe », pas plus qu’elle ne se loge sous le scalpel du chirurgien, dans une pratique médicale dite de réassignation sexuelle, ou dans les arrêts d’une juridiction. La confusion en la matière est celle de l’organe et du signifiant, du sexe et de l’identité, de la norme et du désir. L’identité, comme la langue, n’est assignée à aucune place, pas plus que l’histoire n’est figée au cadran d’un passé indépassable. C’est à leurs débordements que nous sommes conviés, à leurs excès, à leurs évasions.

Quelques réflexions sur la pièce de théâtre les petits chevaux

Qu’est-ce qu’un enfant naturel ? qu’est ce qu’un enfant selon la nature ? voilà, brièvement résumée la problématique de cette pièce. Un enfant naturel, une fille-mère, disait-on, il y a encore quelques années, est un enfant illégitime, bâtard, né hors mariage.  Le père est absent, mais là.  Cet enfant se construit dans le regard que la mère en a gardé, ses souvenirs, ses mots, sa rencontre, son désir. L’enfant selon la nature,  celui qui nous intéresse dans les lebensborn, est un enfant issu de la nature de l’homme, de ses supposées lois biologiques,  semblable en cela à l’immortelle âme allemande, à sa nature, ses paysages, ses forêts, ses montagnes, ses sources.

Parce que pour Hitler la nature ne ment pas.  Il ne s’agit pas de construire un homme nouveau mais de retrouver une origine pure, une origine  perdue, détruite  par le mélange des races et de cultures qui ont souillé la terre, qu’il s’agit de régénérer par l’extermination des races inférieures et la régénération de la race aryenne.   Le père ici, il n’y en a pas, parce que le véritable père est celui de l’idéologie nazie, Arendt parle de l’idéologie comme la logique d’une idée.  Ce qui féconde la mère,  ce sont les signifiants de la race, ni ceux de la génitrice  ni ceux   du géniteur, mais ceux du calcul et de la norme  où  se dissout toute singularité, où s’efface toute subjectivité pour une  conception zoologique du monde.  Ce sont l des enfants nés sans nom  le plus souvent. Au nom de Hitler. Hortense est éblouie par cet instant où elle voit sa mère pour la première fois,  comme descendue du ciel, Angélique fait une apparition et s’en va.  Comme tous les anges, elle n’a qu’un prénom, mais que vient-elle annoncer ? De cette apparition, ombilic de mémoire, Hortense doit construire des morceaux de mère avec  des lambeaux de mots, dont la généalogie trouée, tient sa propre fille captive d’une aménorrhée, grossesse infinie, mémoire d’oubli.  Un enfant qui ne vient pas. Qu’en est-il du père d’Hortense ?   Un nazi. Un nazi, ça ne fait pas père, parce que rien du désir n’est risqué. Mais tout de l’idéologie.   On ne peut pas en dire autant pour la sœur d’Hortense, car ce nazi a été pour elle un père.  Elle peut en parler,  se dresser contre lui, l’aimer ou le détester, et même coup de pied de l’âne…lui en balancer un dans les parties. Tout un programme.  C’est un père parce que sorti de l’idéologie, au moins en partie, il retrouve la singularité de son destin, de son nom, de sa transmission.   

Ce qui reste d’un homme après sa mort, c’est son nom. Nés sans nom, les enfants du lebensborn restent en quête d’un nom, d’un visage, d’une humanité.   C’est le nom qui est célébré chaque année devant le mur de la shoah, c’est le nom qui donne visage, sépulture.   

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