On a vu le troisième opus de Mickaël Délis et on a adoré.
Il s’installe sur le tabouret parmi le public, portant un tissu blanc sur pantalon et tee-shirt noirs.
Il attend son tour (numéro 172) pour un rendez-vous au service de Biologie de la Reproduction (CESOS à l’hôpital Tenon). Sur scène sont entassées des petits morceaux de papier qui,tour à tour, seront des paillettes, des mots, composeront une grossesse et aussi créeront un effet scénique magique : de la neige tourbillonnante enveloppant le comédien dans un halo blanc. Vierge.
Les personnages
Déposer ses spermatozoïdes : tel est le désir de Michaël, seul en scène, incarnant un homme en quête de paternité par délégation. À travers cette démarche, la pièce interroge les identités multiples : celle du père, de la mère, de l’enfant, mais aussi celles des copains, amis, médecins ou encore du psychologue de la banque de sperme. La mise en scène, portée par une grande créativité et une remarquable souplesse corporelle, fait éclore un théâtre en mouvement, fluide, où le comédien habite chaque personnage avec engagement, passant d’un rôle à l’autre, d’un dialogue à une posture, d’un mot à un silence.
Il écorche les clichés, détourne les représentations figées : l’accouchement devient un rêve, un fantasme poétique, presque une maïeutique verbale. Il interroge la transmission familiale, ses blessures, ses non-dits, et cette tentation de reproduire des schémas prédéfinis : l’ombre d’un père absent, la présence d’un frère jumeau, d’une demi-sœur – autant de figures énigmatiques. Et la masculinité, alors ? Que reste-t-il à en dire, lorsque les repères vacillent ?

Devenir père par délégation
L’humour et la crédibilité du texte se conjuguent efficacement pour mettre en lumière des représentations de la paternité, qu’elle soit joyeuse ou marquée par l’absence. Le récit interroge la répartition des tâches domestiques à l’arrivée d’un enfant, tout en soulevant des questions de genre, de pouvoir, et de rôles traditionnellement attribués au père et à la mère. Il aborde également la parentalité issue de processus « artificiels » comme la fécondation in vitro ou la procréation médicalement assistée, où l’adulte devient parent d’un enfant qui n’est pas une simple extension de lui-même.
Le texte est parsemé de références variées, allant de Donald W. Winnicott (et son concept d’« objet transitionnel », incarné ici par un chat) à Mona Chollet. Une touche d’ironie scientifique apparaît à travers un dessin à la craie sur tableau noir, s’étendant jusqu’au sol, qui prétend établir un lien entre la taille des testicules et le degré de masculinité. Humour et clichés s’entremêlent ainsi pour mieux questionner les normes.

Mise en scène
Sobre mise en scène tel un langage. Les objets scéniques ( paillettes, tabouret, tissu blanc, un bâton-canne-cheval-rame) se transforment. Des silences, des intermèdes musicaux offrent des respirations. Souffle dont le spectateur, trice s’imprègne et reprend, voire ressasse l’identité de la masculinité vue dans des représentations façonnées par un habitus. La pièce est comme calfeutrée dans une salle (Marie Curie) où la proximité physique avec le comédien nous rapproche de la question posée : donner, recevoir (redonner en référence à Claude Levi-Strauss) de qui et par quelle voie, la vie ?
Écrire à un enfant né d’une paillette
Et cette lettre rédigée en simultané, du clavier au tissu verticalement dressé, d’un père donneur de paillettes à son enfant qui, un jour, âgé de dix-huit ans, peut-être, souhaitera connaître les intentions du géniteur. Donner la vie, quelle idée ? Être père ayant peu connu le sien à ses côtés, le donneur distribue son sperme. Il ensemence, réalise sa part citoyenne.

Le comédien ne s’embarrasse pas de lyrisme, ses mots empruntent ceux du quotidien, usent avec mesure de métaphores. Généreux, il déclenche nos rires.
C’est l’histoire d’une identité celle de devenir père, histoire auto-biographique ou non, le comédien s’enflamme de mots et adopte les postures de ses nombreux personnages.
Le spectacle formidable est le troisième volet d’une trilogie :
Premier volet : le premier sexe ou la grosse arnaque de la virilité ;
deuxième volet : La fête du slip ou le pipo de la puissance
et cette troisième pièce : les paillettes de leur vie ou la vie déménage.
Trilogie sera jouée au off d’Avignon.
Production : Reine Blanche Productions Coproduction : Théâtre de Suresnes Jean Vilar et MAC Créteil avec l’aide de : La Manekine, CRESCO Saint-Mandé
Presse : Francesca Magni et Alexis Louet
Texte, mise en scène :Mickaël Délis
Co-mise en scène : Clément le Disquay et Mickaël Délis
Assistant mise en scène : Anne-Charlotte Mesnier
Collaboration artistique : David Délis
Collaboration à l’écriture : Romain Compingt
Lumières : Jérôme Baudouin

