Les contenus virtuels ont désormais un effet tangible sur nos corps», prévient (LA)HORDE. De corporéités hybrides en pseudo-réalités médiatiques, les danseurs-avatars du Ballet national de Marseille sèment le trouble, dans un passionnant essai qui redéfinit l’exploit chorégraphique.
Paris, 20:00. Mercredi 4 juin, Théâtre de la Ville. Les abonnés à Télérama et les repentis des free parties viennent voir « Age of Content » de La Horde. Mise en scène par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, cette pièce, après deux ans d’existence, est de nouveau présentée au public.
Une fumée douce remplit lentement la salle, accompagnée d’un bruit sourd, en continu. Une voiture, remplie d’une fumée opaque, ouvre le bal. Le décor est froid et industriel, aux couleurs ternes qui s’harmonisent entre elles. Les portes de la voiture s’ouvrent, et une fumée aveugle le public.
Le mauvais goût d’immortaliser un aquarium dans une caisse vient d’être sublimé.
Le bruit se mue en musique métallique, en continu. Les danseurs entrent, vêtus de Juicy Couture vert pâle. Une chorégraphie précise, rappelant un mauvais film de combat, nous frappe. Puis du Gabber en uppercut, les coups se transforment en une danse brutale, l’énergie est absorbante.
Une dalle du plafond en marbre lumineux s’ouvre soudain, laissant tomber un corps au sol. Nouveau tableau, nouvelle musique, toujours en continu. Une fumée froide coule sur le sol, tandis que le décor modulable rythme la scène. Parfois, le rideau oscille comme une membrane ; parfois, la lumière nous guide ou accentue le propos. Chaque détail révèle une mise en scène très précise.
Une danseuse bouge comme un personnage d’une version bêta d’un jeu vidéo. Toutes les incohérences de ses mouvements dans l’espace sont recréées avec une extrême minutie. Elle bugue devant une échelle à plateforme sur roues, comme dans les jeux de la première console PlayStation. Un nouveau danseur entre en scène, portant un T-shirt rouge trop court et un baggy trop large, laissant voir sa raie. Les autres danseurs, vêtus comme des personnages de Sims choisis par un pré-adolescent, accentuent cette imagerie kitsch.
Tout au long du spectacle, la justesse de références de mauvais goût nous charme. Les mouvements se répètent, la musique continue, l’immersion est saisissante. Il est difficile de détourner le regard.
Si vous êtes sensibles au magnifique et au mal assorti, La Horde est faite pour vous.
Noir. Comme à chaque fois, la salle se lève pour une ovation (sept minutes).
Conception et mise en scène (LA)HORDE – Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel
Chorégraphie (LA)HORDE
En collaboration avec les danseurs et les répétiteurs du Ballet national de Marseille
Collaboration artistique à la chorégraphie Valentina Pace, Jacquelyn Elder, Angel Martinez Hernandez, Julien Monty
Assistante artistique Nadia El Hakim
Scénographie Julien Peissel
Création lumières Éric Wurtz
Musique Avia, Gabber Eleganza, Philip Glass
Costumes Salomé Poloudenny
Création coiffure Charlie Le Mindu
Visuel toile Frederik Heyman
Avec Nina-Laura Auerbach, Alida Bergakker, Joao Castro, Titouan Crozier, Myrto Georgiadi, Nathan Gombert, Eddie Hookham, Nonoka Kato, Amy Lim, Jonatan Myhre Jorgensen, Aya Sato, Paula Tato Horcajo, Elena Valls Garcia, Nahimana Vandenbussche, Antoine Vander Linden, Eddie Hookham, Dana Pajarillaga, Luca Völkel.

