Avec Nulle autre voix, le duo Linda Chaïb et Kheireddine Lardjam avait offert l’un des plus beaux spectacles du OFF 2024. Ils reviennent en 2025 avec un nouveau projet, un texte écrit par la comédienne elle-même, proposant un moment de théâtre à la fois profondément émouvant et d’une finesse acérée.
Intime
Linda Chaïb se tient face à nous, debout, droite, sobre et imposante. Elle évoque son père, immigré ouvrier, homme humilié à la fois par le corps médical, par la société, par la feuille de paie aussi. Un père submergé par ses filles, incarnant une violence douce, un sacrifice silencieux. La fille raconte l’amiante et la mort qu’elle présage. Elle dit ce qui faisait évidence dans ses yeux d’enfant et qui dans l’après coup se révèle un drame silencieux qu’il ne fallait percevoir.
Je parle après la mort de mon père. Longtemps après sa mort. Avant ce n’était pas possible.
La comédienne, délicate à la voix pénétrante, conserve sa voix douce, mais ferme, pour aborder le racisme, le mépris, les stéréotypes de la bien-pensance. Sa confession, empreinte d’une sincérité touchante, nous laisse deviner son rapport au monde.
Universel
Sur scène, la voix de l’actrice s’élève, douce et précise. Son discours ne se présente ni comme une catharsis revendicative, ni comme un manifeste. Dès lors que l’on laisse de côté le wokisme à la mode, tout devient plus puissant et plus riche de sens ! Au cœur de la scène, une robe chargée de multiples significations. Elle émerge d’un lieu éloigné, de la place des femmes et des filles, de celles qui portent en elles des histoires mêlées de douleur et de force. À travers un humour subtil et une apparente légèreté, la parole envahit la salle, touche profondément et déstabilise.
Lynda Chaib parle avec élégance. Avec une joie tangible, celle d’une mélancolie heureuse. Par la grâce du geste et par l’ajout, géniale trouvaille, d’un personnage de secrétaire, tendrement caricaturé, la confession devient parabole. Le personnage, cette secrétaire, ouvre une porte au public : par son truchement, le récit se déplie en un décalque accessible, partagé. Le spectateur peut alors s’autoriser à s’emparer de cette histoire, à l’investir. D’ailleurs, quel enfant n’a pas ressenti quelquefois tendresse et honte pour son père ? Quelle fille ne s’est pas rêvée en princesse pour son père ? Qui n’a pas dû se coltiner avec timidité le monde des adultes agressant le père et son image ?
La pièce intime et universelle est poignante.
De Linda Chaib, mise en scène Kheireddine Lardjam avec Linda Chaib, Collaboration artistique Estelle Gautier , Création son Thibaut Champagne, Costumes Florence Jeunet -. Visuel Affiche. Vu le 12 juin 2025 au Mans.

