Charlotte Delbo, la mémoire en cendres
Charlotte Delbo était la secrétaire de Louis Jouvet, quand elle a décidé de quitter le théâtre pour s’engager dans la résistance. Arrêtée en 1942, non juive, elle sera déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943 avec 229 autres femmes résistantes juives. Elle restera vingt-sept mois en déportation. Revenue des ténèbres, elle porte témoignage dans des écrits d’une puissance rare.
Charlotte Delbo, Le Misanthrope et le Communisme : entre passion et désillusion
Charlotte Delbo entretient un lien fort avec le théâtre, qui joue un rôle clé dans sa vie avant et après la déportation. Dans les années 1930, alors qu’elle travaille comme secrétaire pour Louis Jouvet, elle se passionne pour les textes classiques, notamment Le Misanthrope de Molière. Cette pièce, avec son héros Alceste, un homme révolté contre l’hypocrisie du monde, trouve un écho en elle.
D’abord communiste convaincue, la guerre et la trahison du régime stalinien fissurent ses convictions. Si elle reste fidèle à l’idée de révolte, elle s’éloigne définitivement du Parti Communiste Français. Dans la pièce, clin d’œil mauvais à ses anciens camarades, elle rappelle que les juifs, prétendument libérés des camps par les soviets recevaient à Birkenau des colis… canadiens.
Marie Torreton au summum de l’émotion
Le seule en scène est un récit de résilience. Marie Torreton est Charlotte Delbo, une témoin frêle, fragile et intense ; elle évoque un moment de vie avec délicatesse, pudeur, à voix basse, dans une économie d’affects et dans une proximité intime avec le public. Elle raconte les deux années de déportation où elle fomenta un acte hautement révolutionnaire et à certains égards thérapeutique. Si elle parvenait à réécrire de mémoire et à jouer le Misanthrope de Molière, elle lutterait par le théâtre contre l’anéantissement. Le combat est anecdotique, romantique. Elle le remplit d’une émotion digne.
Un élan
La comédienne nous emporte. Le parcours de Charlotte Delbo est celui d’une femme entre deux absolus : l’idéal révolutionnaire et la lucidité amère, l’utopie et la désillusion. Si tel Alceste elle refuse le mensonge, elle ne se retire pas du monde. Au contraire, elle témoigne, elle écrit, et elle fait de la mémoire un combat.
Quel bonheur de voir ce flambeau du devoir de mémoire ravivé dans l’intimité de la petite salle de la Scala par une inspirante et lumineuse Marie Torreton.
Texte Charlotte Delbo
Adaptation Marie Torreton
Mise en scène Vincent Garanger
Interprétation Marie Torreton
Lumière Christian Pinaud
Son Boris Boublil

