Avec L’affaire Rosalind Franklin, Elisabeth Bouchaud s’intéresse au destin de celle qui découvrira la structure en double hélice de l’ADN, une découverte qui lui fut volée sans scrupules par ses collègues, Wilkins, Crick et Watson.


Elisabeth Bouchaud, directrice du Théâtre de la Reine Blanche, dont la vocation première fut la physique, se fait conteuse d’histoires oubliées, de femmes savantes que le grand Livre de l’Histoire s’est refusé d’honorer. Dans la série qu’elle offre en son théâtre, Les fabuleuses, elle tisse un triptyque si vibrant, si fervent, sur ces femmes de science trop souvent ignorées.

Le dernier volet célèbre Rosalind Franklin, cette physico-chimiste, Juive, fille de la Grande-Bretagne, dont le destin étreint l’ombre et la lumière—une allégorie du courage de l’esprit face à l’indifférence du monde. Avec la complicité de Julie Timmerman, maîtresse d’un théâtre documentaire, elle déploie le récit de cette héroïne de l’ombre, découvrant la double hélice que tout le monde célèbre, mais que seul Franklin a véritablement conçue.

Nous sommes en 1968, mais Rosalind est partie dix ans auparavant. Vittorio Luzzatti, son ami de Paris, raconte le parcours de cette âme ardente, qui, en 1951, arrive à Londres, cherchant un coin d’espoir dans un monde dominé par les hommes.

Elle s’y montre une expérimentatrice hors pair, fabriquant ses propres instruments, creusant la vérité nuit et jour, jusqu’à une fameuse photo, la 51, que Wilkins, en silence, s’approprie pour la montrer à Watson et Crick, dérobant la mystérieuse clé du secret. Elle mourra sans voir la justice rendue. Ce n’est qu’en 2003 que l’homme de science rappellera que Rosalind Franklin aurait mérité cette mention suprême.

Elisabeth Bouchaud, conteuse émérite, sait raconter avec feu cette vie éblouissante. Elle dévoile les désirs, les ambiguïtés, les sentiments secrets qui mijotent dans l’ombre des laboratoires. Elle dissèque chaque personnage, Watson, Wilkins, Crick, avec une intelligence empreinte d’humanité.

Son récit voyage dans les couloirs, dans les recherches, dans les intrigues, dans cette post-guerre encore tiède, où se joue la lutte entre le génie et l’humain. Isis Ravel incarne cette femme lumineuse, passionnée, entre la ténacité et la créativité. La scénographie, preuve de la finesse de Julie Timmerman, confirme que celle-ci sait écrire un théâtre vrai, à la fois documentaire et poétique.

Le texte d’Elisabeth Bouchaud, subtil et puissant, répond avec harmonie à cette mise en scène complexe, mais fluide. Une pièce magnifique, qui fait vibrer le cœur et l’esprit.


L’affaire Rosalind Franklin d’Elisabeth Bouchaud. Scénographe : Luca Antonucci.Collaboratrice artistique : Véronique Bret. Avec Julien Gallix, Balthazar Gouzou, Matila Malliarakis, Isis Ravel. Compositeur: Benjamin Laurent. Créatrice son : Mme Miniature. Costumiers : Majan Pochard, Dominique Rocher. Créateur lumière : Philippe Sazerat. Metteuse en scène : Julie Timmerman. Visuel Affiche. Vu le 6 juillet 2024 à la Reine Blanche, Avignon

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